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ANECDOTES DU PARIS INSOLITE

Les meilleurs secrets & curiosités de Paris

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Midi pétante !

Midi pétante !

Jusqu'à la moitié du XVIIIᵉ siècle, les horloges publiques ne sont pas nombreuses à Paris. Les habitants qui souhaitent obtenir l'heure exacte pour remettre leurs montres et horloges mécaniques "à la bonne heure" n'ont donc pas d'autre choix que de se déplacer rapidement auprès du cadran solaire le plus proche, lorsqu'il est le plus précis dans la journée, au moment du "midi vrai" (c'est à dire lorsque le soleil est à son plus haut point).

Ainsi, dans le quartier du Palais Royal, le cadran solaire de l'entrée sud est très populaire, et la foule qui s'y agglutine vers 12h est tellement dense que l'horloger Rousseau, installé dans l'une des galeries ceinturant le palais, décide de faciliter la démarche des nombreux riverains en installant l'une de ses inventions au cœur du jardin. 

En 1786, l'ingénieux artisan fixe ainsi sur un socle de pierre, un petit canon chargé de poudre noire et surmonté d'une loupe. Lorsque le soleil atteint son zénith à la moitié du jour, la concentration de ses rayons brûlants à travers le verre vient provoquer l'allumage de la mèche puis le déclenchement du mécanisme : Et Boum ! Entendent les passants jusqu’à 1km à la ronde.

Rassemblés autour du petit mortier de bronze, les badauds viennent à nouveau des quatre coins de Paris pour observer l’attraction du Palais Royal. Et c'est d'ailleurs de cette popularité que naît la célèbre expression "Midi pétante" !

Bien que très populaire, le petit canon dut se taire en 1911 en raison d'une loi qui imposa l’heure de Greenwich à la France... Il fut malheureusement volé en 1998 mais on installa une réplique à sa place d'origine en 2002. Depuis, il arrive qu'un artificier de la ville de Paris le fasse fonctionner le mercredi à 12h, pour le plus grand plaisir des touristes et des parisiens nostalgiques !

Insolite

Le jardin secret

Le jardin secret

Au numéro 24 de la rue du Faubourg Saint-Honoré se trouve la merveilleuse boutique-mère de la maison Hermès, qui débuta ses activités en 1837 en vendant des équipements équestres et de la sellerie pour l’entretien des fiacres des parisiens fortunés (d’où son logo représentant une calèche). Or en levant les yeux et en observant le coin du haut de l’immeuble, on peut apercevoir une étonnante statue d’un cavalier brandissant deux étendards qui représentent les célèbres “carrés Hermès”. Installée en 1987 pour célébrer les 150 ans de l’entreprise, l’œuvre commémore la parade d’un “cavalier seul” qui, en 1801, voulut célébrer la république et le 14 juillet en descendant les Champs-Élysées sur son cheval, tout en tenant à bout de bras des feux d’artifices crépitants. Hélas, cette date n’était pas encore déclarée jour de fête nationale à l’époque, et l’ardent républicain fut bien vite arrêté.

Mais là n’est pas le seul secret, puisque derrière la statue se cache un extraordinaire jardin perché sur le toit-terrasse. Cet espace de verdure fut aménagé au cours de la seconde guerre mondiale par la famille Hermès, qui y fit installer un potager pour subvenir à ses besoins. Dès la fin du conflit, l’écrin de verdure fut transformé en jardin d’agrément, décoré de fleurs ayant pour particularité de rester blanches, quelle que soit la saison. Dans cet espace de 50m² que l’on appelle “le jardin blanc”, se côtoient rosiers, hibiscus, pensées et même un petit pommier qui se remit étonnamment à produire des fruits après que la jardinière lui ait confié qu’il serait certainement coupé s’il ne donnait plus de pommes !

Ce coin de paradis n’est malheureusement pas ouvert au public mais c’est en venant y chercher de l’inspiration, que le compositeur de parfum d’Hermès, le délicat Jean-Claude Ellena, eut l’idée de créer une fragrance racontant les confidences du petit jardin niché sur le toit. Le maitre parfumeur décrit ainsi sa création « Un jardin de fête, un jardin qui n’en fait qu’à sa tête, arrosé de lumière. ». Il n’y a plus qu’à ouvrir un flacon du parfum “Un jardin sur le toit” pour se laisser emporter par les effluves printaniers.

Insolite

Le pacte de Nimègue

Le pacte de Nimègue

Sous le règne du Roi Soleil, les membres de la cour de Versailles sont coutumiers des flatteries au souverain pour tenter d'obtenir en retour quelques privilèges supplémentaires. Parmi eux, le maréchal de La Feuillade se fait remarquer pour sa bravoure dans les corps d'armée. En 1685, il utilise même son terrain situé à côté du Palais Royal pour faire construire la Place des Victoires, en l'honneur de la signature du traité de Nimègue, qui mit fin à la guerre de Hollande en 1678 et consacra la victoire de Louis XIV sur ses ennemis.

L'architecte Jules Hardouin-Mansart est ainsi missionné pour aménager l'espace et le sculpteur Desjardins pour créer l'imposante sculpture centrale. Éclairée nuit et jour par d'imposants chandeliers, la première version de l'œuvre fait plus de 12 mètres de haut et représente Louis XIV debout, en costume de sacre. Obtenant de fait, toute l'estime du roi de France, le Maréchal de la Feuillade jouit de sa réussite. Il vise encore plus haut en tentant de rendre navigable le nord de la Loire, mais fait une énorme boulette qui provoque l'inondation de toute la vallée de Roanne (dans l'ouest de la région Lyonnaise), et brise définitivement toute sa bonne réputation !

Plus d'un siècle plus tard, la révolution frémit et les figures monarchiques ne sont plus en vogue dans la capitale. Les contestataires abattent la statue pour la fondre en canons et font installer à la place une pyramide de bois portant les noms de leur camarades tués au combat. 

En 1793, Napoléon Bonaparte devient général des armées et fait à son tour détruire la pyramide pour offrir du bois de chauffe à ses soldats. À la place, le futur empereur fait installer une statue de son jeune bras droit mort au combat, Louis Desaix, qui l'avait protégé durant la célèbre campagne d'Égypte où Napoléon était parti percer le secret des Pharaons. Mais l'œuvre présente Desaix très dénudé et face au scandale que cela provoque, la statue est rapidement recouverte avec une palissade de bois et finalement retirée en 1814.

Il faut attendre la restauration de la monarchie pour que Louis XVIII fasse installer au centre de la place une autre statue, rendant à nouveau hommage à Louis XIV. Sculpté par François Joseph Bosio, le Roi Soleil est représenté victorieux sur un cheval cabré, dont le poids est discrètement soutenu par la longue queue qui s'appuie sur le piédestal. Notez qu'habituellement, les statues équestres montrant un cheval avec deux jambes avant levées, honorent un cavalier mort au combat (ce qui n'est pas le cas de Louis XIV), alors que pour celles représentant des destriers avec les quatre jambes au sol, le personnage est mort de causes naturelles !

Louis XIV est en tout cas représenté ici dans tout sa splendeur. En tenue d'empereur romain, pieds nus et sans scelle, le monarque est coiffé d'une couronne de laurier qui symbolise le triomphe et tient dans sa main droite un tube qui pourrait bien contenir le célèbre traité de Nimègue !

Lieux et rues

Le succès de la poivrière

Le succès de la poivrière

Nous sommes en 1844. Tandis que la capitale accueille la grande exposition industrielle, les premières expériences d'éclairage public à l'électricité sont menées sur la place de la Concorde. Flânant le long des Champs-Élysées, un jeune homme venu tenter sa chance à Paris observe les belles boutiques et le tumulte des fiacres qui se croisent sur les pavés. Il s'appelle Félix Potin.

Impatient d'embrasser le succès, le garçon de 24 ans décide d'investir son budget pour louer une petite épicerie dans une rue passante du 9ᵉ arrondissement. Malin, il comprend vite comment se démarquer de ses concurrents qui optent souvent pour des pratiques trompeuses afin d'écouler leur marchandise. Chez Félix, tout est transparent et le slogan inscrit sur la devanture annonce : "Vente de qualité à bon poids et à bon prix". De fil en aiguille, le commerce attire de plus en plus de monde et grandit car Potin, agissant en véritable précurseur de la grande distribution, sait négocier subtilement avec ses fournisseurs. Les gros volumes d'achat permettent de faire baisser les prix et de dégager des marges de plus en plus importantes. 16 ans plus tard, le désormais grand épicier a suffisamment accumulé d'argent pour ouvrir d'autres points de vente, acheter des usines de production de produits agro-alimentaires et s'offrir un somptueux magasin sur deux niveaux, boulevard Sébastopol.

C'est cet impressionnant immeuble que l'on peut voir sur la photo. Construit dans un style néo-baroque par l'architecte Charles Lemaresquier, l'édifice surmonté d'un grand dôme est ironiquement surnommé "la Poivrière" lors de son inauguration en 1910. La majestueuse rotonde d'angle est ainsi conçue pour faire resplendir l'enseigne de Felix Potin. Affublée de symboles de la mythologie antique telles que des cornes d'abondance, des guirlandes de fruits et des grands vases impériaux, elle magnifie le triomphe d'Hermes, dieu du commerce.

Félix Potin meurt en juillet 1871 mais sa Maison est alors la plus importante épicerie de la capitale et continue son essor sans s'essouffler. Dans les années 1920, la société compte même 70 succursales, 10 usines, 5 chais et 650 chevaux qui permettent de tirer les carrosses des livreurs. La "success story" continuera jusqu'en 1977, année ou l'enseigne cumule plus de 1600 magasins pour un chiffre d'affaires de 3 milliards de francs. Mais la concurrence se fait plus ardue dans les années 80. Auchan, Leclerc et Carrefour passent à la vitesse supérieure en donnant une dimension internationale à leurs business. Incapables de suivre le rythme, les boutiques de Felix Potin perdent peu à peu leur élan jusqu'à leur fermeture définitive en 1995.

Monuments

La silhouette de Trigano

La silhouette de Trigano

Au nord du quartier du Sentier, le surplomb du carrefour Strasbourg - Saint-Denis abrite l’un des immeubles les plus fins de Paris, dont les étroites pièces mesurent à peine deux mètres de large : la pointe Trigano. 

Le bâtiment originel fut construit à la fin du XVIIᵉ siècle sur les hauteurs de la butte Bonne-Nouvelle, également appelée « Butte aux Gravois » car elle fut recouverte à l’époque d’un immense amas de gravas et de détritus nauséabonds. Personne ne voulant y habiter, la Ville transforma le lieu en zone exempte de taxes pour y attirer les artisans, et les premiers à s’y installer furent les ateliers de menuiserie et les marchands de tissu.

C’est en hommage à la dynastie des Trigano, particulièrement implantée dans le négoce du textile et du prêt porter, que le frêle édifice est renommé en 2001. Cette grande famille juive séfarade est aussi connue par le biais de l’homme d’affaires Gilbert Trigano, qui contribua à l’essor phénoménal du Club Méditerranée dans les années 1960.

L’immeuble est longé à gauche par la rue de Cléry et à droite par la rue Beauregard, dont le nom vient justement de la jolie vue sur Paris offerte aux habitants du haut de la butte, avant que les hautes maisons ne soient construites. Non loin d’ici se trouvait d’ailleurs vers 1650, la célèbre « cour des miracles », un espace de non-droit ainsi appelé car les prétendues infirmités des mendiants qui en avaient fait leur lieu de résidence, y disparaissaient à la nuit tombée, « comme par miracle ».

Élancée sur quatre étages, l’architecture singulière de la pointe Trigano fut rehaussée d’un étage et réaménagée à de nombreuses reprises avant d’avoir son apparence actuelle. Après avoir hébergé une petite boutique de vins et de spiritueux, le rez-de-chaussée a été transformé en un appartement mais conserve les anciennes grilles de fer forgé qui protégeaient autrefois le petit commerce des ivrognes en manque de liqueur. Sur le fronton, une grande plaque indique qu’André Chénier, poète et journaliste opposé aux idées de Robespierre, y aurait vécu en 1793, avant d’être arrêté et guillotiné par les révolutionnaires.

Si vous passez dans les parages, ne manquez pas d’aller photographier le petit immeuble en forme de pointe et de le contourner sur quelques mètres pour découvrir une autre « mini » curiosité : la Rue des Degrés, rue plus courte de Paris !

Insolite

La spirale de Gustave

La spirale de Gustave

En 1862, le peintre Gustave Moreau est encore inconnu mais songe déjà à la postérité, griffonnant une réflexion au bas d’un croquis : « Ce soir, je pense à ma mort et au sort de mes pauvres petits travaux et de toutes ces compositions que je prends la peine de réunir. Séparées, elles périssent ; prises ensemble, elles donnent un peu l’idée de ce que j’étais comme artiste et du milieu dans lequel je me plaisais à rêver ». Trente ans plus tard, le peintre est au sommet de son art et reconnu comme le chef de file du courant symboliste. Il décide de faire construire rue de La Rochefoucauld, dans sa maison familiale, les grands ateliers nécessaires à la présentation au public de ses oeuvres.

Au rez-de-chaussée, la visite commence par un enchainement de six pièces qui abritent un foisonnement de plus de 400 peintures. On y fait aussi une découverte étonnante : des placards secrets aménagés dans les murs, qui présentent une collection unique d'aquarelles du maître. Au premier étage, la chambre à coucher et la salle à manger dévoilent un peu plus l'intimité de la famille avec des souvenirs précieux et des portraits photographiques. Un cabinet de curiosités présente aussi des livres rares et des objets soigneusement recueillis par Moreau tout au long de son existence.

Les appartements du deuxième étage exposent plusieurs centaines de peintures ainsi que des milliers de dessins. Mais pour rejoindre les pièces supérieures où se trouvent les oeuvres les plus grandioses, on emprunte un superbe escalier à vis qui se déroule majestueusement le long d'une rampe de fer forgé. Impressionnante, l'oeuvre d'architecture est à la fois complexe et légère, donnant l'impression qu'une partie du plafond blanc s'est affalée en spirale telle une peau de fruit.

Le petit musée sentimental de Moreau conserve aujourd'hui près de 25 000 œuvres merveilleuses dans une atmosphère calfeutrée. Propice à la rêverie, il garantit le plein d'émotions et de découvertes insolites !

Insolite

En fer à cheval

En fer à cheval

Le somptueux Opéra Garnier est achevé le 30 décembre 1874 et inauguré en grandes pompes 6 jours plus tard par le président de la République, le maréchal de Mac-Mahon. Lorsque les journalistes et les convives pénètrent dans le bâtiment pour assister au premier spectacle, ils sont subjugués par la beauté de la grande salle, que son illustre concepteur décrivait comme "le lieu où se marient l'art de l'architecture et la science de l'acoustique". Il faut dire que pour créer le coeur du Palais, Garnier a voyagé aux quatre coins de l’Europe afin d’analyser les plus grands opéras. Sa conclusion : une salle en "fer à cheval" est la meilleure solution pour un compromis entre une bonne acoustique et une vision optimale depuis touts les sièges.

Certes, les prestigieuses loges des côtés n’offrent pas le meilleur angle de vue sur la scène, mais peu importe, car le jeune architecte sait qu’elles serviront plus souvent à être vu qu’à voir le spectacle. Il les fait donc richement décorer avec des moulures dorées pour que les locataires du soir attirent tous les regards de l’orchestre. C’est d’ailleurs de là que vient la célèbre expression "il y a du monde au balcon !". Et pour les messieurs souhaitant profiter plus ardemment du décolleté de leur conquête, un rideau épais permet de séparer la loge du petit salon aménagé juste derrière, où quelques coupettes de champagne permettront de consommer discrètement un entracte coquin.

Garnier réfléchit donc aux moindres détails afin de parfaire son oeuvre. Il va même jusqu’à choisir une nouvelle couleur pour les murs et les sièges, car il trouve que le bleu royal a été trop utilisé dans les salles de spectacle de la capitale. Pour son opéra, les velours seront donc en « rouge profond », puisque selon lui, cette couleur chatoyante met nettement plus en valeur le teint des dames…

Sous le regard des 2156 spectateurs, le plafond peint par Eugène Lenepveu représente "Le triomphe de la beauté, charmée par la musique au milieu des heures du jour et de la nuit"*. À son centre, l’immense lustre en bronze doré et en cristal, porte sur cinq couronnes 340 bougies dont le scintillement domine les murmures. Il est 20h, chuuuut, on vient de frapper trois coups, le spectacle va commencer.

*Recouvert par Chagal en 1964 sous l'impulsion du ministre de la Culture André Malraux

Art et Culture

Le charme de Jouffroy

Le charme de Jouffroy

Le petit passage Jouffroy est conçu en 1846 par le comte Felix de Jouffroy-Gonsans, qui souhaite tirer profit de ses parcelles longeant les Grands Boulevards, en y installant des beaux magasins et des restaurants à l’abri de la pluie. Long de seulement 140m, il est le premier passage couvert entièrement construit de métal et de verre. Tous ses éléments décoratifs en bois peint sont ainsi baignés de lumière par un long toit vitré jalonné de superbes lampadaires de style Art Nouveau. Autre innovation, son système de chauffage est le premier à se faire entièrement par le sol, ce qui offre aux commerçants et aux visiteurs une température agréable durant les mois d'hiver.

Dès son ouverture, le passage connaît ainsi un franc succès. S'il est rapidement utilisé par les flâneurs, c'est aussi parce qu'il se positionne comme un relais entre deux autres galeries populaires: au nord le passage Verdeau et au sud, le célèbre passage des Panoramas. L'allée est bordée sur toute sa longueur d’élégantes vitrines et de salons de thé qui attirent attirent les Parisiens du XIXᵉ siècle. En 1882, le fondateur du journal "Le Gaulois", Arthur Meyer, s’associe au caricaturiste Alfred Grévin pour créer juste à côté un musée de personnages en cire, dont la renommée internationale contribuera grandement à la popularité du lieu.

Autre curiosité du passage, le petit Hôtel Chopin dont la porte d'entrée n'a jamais été équipée de serrure. Offrant quelques chambres charmantes, il fut nommé ainsi en hommage au grand musicien Frédéric Chopin qui venait y composer des valses et des préludes. Il se murmure d’ailleurs qu’il y aurait vécu une passion discrète avec la romancière Amantine Dupin de Francueil, plus connue sous le nom de George Sand...

Lieux et rues

Un manoir à Paris

Un manoir à Paris

Dans les années 1830, les producteurs de porcelaine ouvrent progressivement des boutiques à Paris dans la petite rue de Paradis, juste à côté de la Gare de l'Est. Cet emplacement est idéal pour acheminer les produits venus des départements de l'Est où se trouvent les grandes usines de faïence, fabriquée avec de l'argile que l'on cuit puis que l'on recouvre d'émail ou de vernis. Vers 1860, la maison française la plus réputée est celle de Choisy-le-roi, car ses ateliers arrivent à produire des faïences fines à décor imprimé, imitant parfaitement les subtiles porcelaines de Chine.

Menée avec brio par son directeur Hippolyte Boulenger, la faïencerie prend un essor considérable et est même choisie par la Compagnie du Chemin de fer Métropolitain de Paris (devenue R.A.T.P) pour la fabrication de petits carreaux blancs et biseautés, destinés à orner les murs des stations du métro parisien. L'entreprise est alors renommée Henri Boulenger et Compagnie et se fait bâtir un nouveau siège social en face des prestigieuses boutiques de la maison Baccarat et de la Cristallerie de Saint Louis. Avec son étonnante façade d’inspiration Renaissance, l'immeuble sert de dépôt et surtout d'extraordinaire vitrine commerciale pour faire connaitre la marque et les produits auprès du grand public.

Au-dessus de l'entrée, la ville d'origine de la faïencerie est inscrite en caractères jaunes tandis que les initiales de la société, H.B.C., sont gravées en superposition dans un médaillon de pierre. On remarque aussi au sommet du chapiteau, un imposant vase décoré de drapés de porcelaine et d'une tête qui représenterait l'épouse de Napoléon III, l'impératrice Eugénie. Entre les deux colonnes corinthiennes, un immense porche vitré est souligné par une frise bleue agrémentée de lys d'or, ravivant la couleur rouge des boiseries et les appliques ornées de motifs végétaux colorés. Mais les éléments les plus insolites sont les deux têtes sculptées en haut de la façade, montrant à droite Henri Boulanger et à gauche son frère, tous deux coiffés d'un chapeau typique des commerçants de l'époque et semblant scruter du regard les visiteurs qui pénètrent dans leur palais de faïence.

Inscrit au titre des monuments historiques, le bâtiment devient  musée de l'Affiche en 1978, puis musée de la Publicité en 1982. Il héberge aujourd'hui le "Manoir de Paris", une maison hantée de 1500 m² ou l'on se fait surprendre par des comédiens déguisés en personnages sanguinaires. Si vous décidez de vivre cette expérience a sensations fortes, ne manquez pas d'observer les décorations en carrelage à droite de l'entrée et sur les parois du hall, représentant de superbes scènes de la Belle Époque !

Art et Culture

Théatre sur l'eau

Théatre sur l'eau

Originaire de l'antiquité romaine, la Naumachie était un gigantesque spectacle représentant une bataille navale. Seuls les empereurs pouvaient se permettre de les organiser, étant donné les moyens considérables qu'il fallait mettre en œuvre pour aménager un plan d'eau, mobiliser des flottes de bateaux et gérer des centaines de figurants. On connait peu de choses à propos de ces impressionnantes simulations guerrières, car les édifices n'ont pratiquement pas laissé de trace archéologique et seuls les livres anciens en font la description. Sous le règne de Néron apparut néanmoins une nouveauté : la Naumachie d'amphithéâtre. Beaucoup plus modeste, elle était mise en scène dans une enceinte d'amphithéâtre moins grande, que l'on inondait complètement pour l'occasion.

C'est en référence à ces spectacles navals que la Naumachie du Parc Monceau fut aménagée en 1773, avec un bassin ovale entouré d'une colonnade corinthienne. Pour ne pas s'embêter à commander une sculpture neuve, le Duc de Chartres alors propriétaire du grand jardin, a l'idée de récupérer les colonnes de la Rotonde de Valois, un monument funéraire inachevé qui jouxtait la basilique de Saint-Denis, commandé 50 ans plus tôt par Catherine de Médicis afin d'accueillir le tombeau de son époux, le roi Henri II.

En 1861, le parc rentre dans une longue période de rénovation et la Naumachie, très abîmée, pose un dilemme : doit-on lui donner un coup de jeune ou la laisser telle quelle ? On décide finalement de simplement consolider la structure tout en préservant son aspect de ruines antiques. Depuis lors, le bassin ovale offre calme et volupté aux flâneurs qui y découvrent des dizaines d'espèces d'oiseaux et de poissons. Au milieu du plan d'eau, un îlot abrite un superbe saule pleureur, qui complète le trio d'arbres remarquables du Parc Monceau, avec un immense platane d'orient bicentenaire et un imposant Ginkgo Biloba de 23m de haut, représentant d'une très ancienne espèce d’arbres datant de l'ère des dinosaures !

Monuments

L'art de Loo

L'art de Loo

Nous sommes dans les années 1900, la France s'enivre de la belle époque, période de l'histoire marquée par de profonds bouleversements technologiques et sociaux. Entre la Tour Eiffel et le Musée d'Orsay, Paris organise une extraordinaire Exposition Universelle et attire d'innombrables visiteurs qui viennent découvrir de gigantesques pavillons construits par 40 pays pour présenter leurs plus beaux atouts culturels. 

Afin de profiter du dynamisme économique, une jeune chinois nommé Ching-Tsai Loo, né orphelin dans un obscur village des bords du Yangtsé, décide de quitter son pays natal pour venir tenter sa chance dans l'hexagone. À l’affut de la moindre occasion, il entend parler de l’ouverture à Paris d'un magasin d’importation de produits chinois et s'y fait engager comme "homme à tout faire". Les parisiens son friands des antiquités chinoises et paient des fortunes pour s'offrir les objets de la boutique asiatique. Bien conscient que l'affaire est juteuse, Loo regroupe ses économies et fait quelques emprunts pour ouvrir son propre magasin d'oeuvres d'art où il vend des fresques bouddhiques, des jades archaïques et des bronzes chinois. Pour faire fructifier son affaire rapidement, l'ambitieux galeriste profite de l'instabilité politique de la Chine et part récupérer d'inestimables antiquités dans les temples, les palais et les tombes impériales. En quelques années, la revente de ces oeuvres aux acheteurs d'art occidentaux lui permet de bâtir un empire.

Devenu richissime mais honni en Chine pour avoir pillé les trésors nationaux, Loo demeure en France et rachète un hôtel particulier à deux pas du Parc Monceau. Or à l'époque, la ville de Paris ne demande pas de permis de construire aux propriétaires pour restructurer leurs biens fonciers, ce qui lui permet de faire modifier l'apparence de son immeuble pour assouvir son appétit artistique. En moins de deux ans, son architecte parvient à transformer le bâtiment du XIXᵉ siècle en une somptueuse pagode rouge, nommée "Pagode Loo". Le voisinage ne manque pas d'émettre moult plaintes, mais les avocats du commerçant malicieux arrivent quand même à manœuvrer pour permettre au projet d'être achevé en 1926.

Sur les quatre étages, les pièces en enfilade sont décorées de boiseries rouges et de tentures de soie. De magnifiques vases Ming en porcelaine ornent les coins des allées tandis que d'inestimables tapisseries et des armures impériales enjolivent les parois des salons. Mais le couple aime aussi montrer ses collections et organise souvent des soirées mondaines. À la lueur des lanternes rouges ils continue ses affaires jusqu'au bout de la nuit, offrant sans compter les meilleures cuvées de Dom Pérignon à de riches collectionneurs d'art et aux conservateurs des plus grands musées du monde.

Mr. Loo vit ainsi très confortablement mais doit arrêter soudainement son commerce en 1949 lorsque le gouvernement communiste chinois décide de fermer les frontières. Il s'éteint à l'âge de 70 ans et lègue à sa famille un héritage colossal. La Pagode est bien préservée par les successeurs mais les énormes frais d'entretien les poussent à la revendre à des fonds privés en 2011. Depuis lors, la grande maison abritant les oeuvres d'art de Loo est gérée par l'entreprise "Pagoda Paris" qui y organise des évènements. Devenue musée privé d'art asiatique, la pagode n’est malheureusement pas ouverte au public mais peut parfois être découverte lors de journées du patrimoine.

Monuments

Drôle de stryge

Drôle de stryge

Construite au XIIe siècle, Notre-Dame de Paris devient progressivement le symbole du culte chrétien dans la capitale. Au fil des siècles le monument subit de nombreuses détériorations au point qu'en 1804, lorsqu'il faut y accueillir le sacre de Napoléon, les architectes de la ville sont mobilisés pour construire à la hâte un portique en bois, carton et stuc. Pour cacher les balafres du monument, ils décident même de blanchir les murs à la chaux et de dissimuler les parties les plus abîmées sous des draperies de soie et de velours.

En 1831, le roman "Notre-Dame de Paris" de Victor Hugo est publié et connaît un succès immédiat. Le grand écrivain apporte son soutien indéfectible aux défenseurs du patrimoine qui sont au chevet de la vieille dame de pierre. Sous pression, les autorités organisent ainsi un concours pour lancer les travaux de restauration. Le projet retenu est celui d'Eugène Viollet-le-Duc, un jeune fonctionnaire des Monuments historiques. L'architecte de 26 ans bénéficie d'un budget colossal (l'équivalent de 14 millions d'Euros), ce qui le pousse dès 1844 à s'investir grandement dans son  ouvrage. Travailleur insatiable, il dessine les échafaudages, vérifie la préparation des enduits et prend le pinceau pour fignoler des décorations.

Afin d'ornementer l'édifice de style gothique flamboyant, Viollet-le-Duc imagine alors des chimères, sculptures grotesques et apotropaïques, c'est-à-dire destinées à conjurer le mauvais sort et à détourner les influences maléfiques. Pour concevoir ces statues, il fait appel à une quinzaine de sculpteurs d'exception qui se chargent de tourner des démons en dérision en les reproduisant dans des postures figées et amusantes. Le pari est audacieux, mais il est réussit. L'architecte-restaurateur démontre ainsi qu’il est tant un bon architecte qu'un brillant créateur.

Confortablement installées au haut de la balustrade de la cathédrale, les créatures monstrueuses sont fixes, telles des vigiles qui se régaleraient inlassablement des turpitudes du petit monde parisien. Parmi elles, la plus célèbre est sans doute la "Stryge", sculptée par Henri Le Secq, d'après une caricature du dessinateur Charles Meryon datée de 1850. Se tenant la tête dans ses mains, la bestiole cornue est une sorte de démon ailé, mi-homme mi-oiseau, qui apparait dès l'Antiquité dans la croyance romaine. Tel un esprit nocturne malfaisant, semblable au vampire, elle se repait de la chair corrompue des cadavres...

Sous leurs aspects sympathiques, les monstres imaginaires de Notre-Dame de Paris incarnent donc des concepts plutôt lugubres. Mais elles observent le monde avec nostalgie, comme si le temps de magie et de sortilèges auquel elles appartiennent avait définitivement tiré sa révérence...

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