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D'Artagnan a-t-il vraiment existé ? Où vivaient les mousquetaires à Paris ? Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, n'est pas un personnage de fiction. Ce Gascon a réellement arpenté les rues de Saint-Germain-des-Prés : découvrez l'histoire vraie des mousquetaires à Paris et les lieux où leur souvenir persiste encore aujourd'hui.
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Lorsque le jeune Charles de Batz quitte la Gascogne pour Paris aux alentours de 1630, il n'imagine certainement pas qu'il deviendra l'un des personnages les plus célèbres de l'histoire de France, ni que son nom résonnera pendant des siècles dans les rues de la capitale. Ce cadet de famille, né entre 1611 et 1615 au château de Castelmore près de Lupiac, dans l'actuel département du Gers, prend une décision qui va changer le cours de sa vie : il adopte le nom de sa mère, Françoise de Montesquiou d'Artagnan, plutôt que celui de son père. La raison en est simple et révélatrice des codes sociaux de l'époque : la famille Montesquiou, seigneurs d'Artagnan en Bigorre, jouissait d'une bien meilleure réputation à la Cour que les modestes Batz de Castelmore. Ce choix stratégique illustre parfaitement l'ambition du jeune Gascon, déterminé à gravir les échelons de la société parisienne.

Oui, d'Artagnan a bel et bien existé. Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan, était un homme de guerre français né entre 1611 et 1615 au château de Castelmore, près de Lupiac en Gascogne. Il n'existe de lui qu'un seul portrait, une gravure ornant les "Mémoires de Monsieur d'Artagnan" publiées en 1700 par Gatien de Courtilz de Sandras (à découvrir ici). Ce jeune mousquetaire, qui avait côtoyé d'Artagnan à la fin de sa carrière, composa ces mémoires apocryphes dans lesquelles le vrai se mêle inextricablement au faux. C'est pourtant cette source douteuse qui servit de matière première à Alexandre Dumas pour créer son héros immortel en 1844.
Le quartier Saint-Germain-des-Prés devient le théâtre des aventures des mousquetaires, bien avant qu'Alexandre Dumas n'immortalise ces lieux dans son roman. Dans la fiction comme dans la réalité, ce quartier était le cœur battant de la vie des soldats du roi. Dumas situe le logement de son héros rue des Fossoyeurs, aujourd'hui rebaptisée rue Servandoni, à deux pas de l'église Saint-Sulpice. L'origine macabre de ce nom ne doit rien au hasard : la rue bordait effectivement les cimetières qui entouraient alors l'église. Le véritable d'Artagnan, quant à lui, résidait dans un hôtel particulier situé au numéro 1 de la rue du Bac, à l'angle du quai Voltaire, face au Louvre. Cette adresse a aujourd'hui disparu, mais une plaque commémorative rappelle le passage du célèbre mousquetaire. C'est là qu'il s'installa avec son épouse Anne-Charlotte de Chanlecy après leur mariage en 1659.

La caserne des mousquetaires, sous l'autorité de Monsieur de Tréville, se trouvait rue de Tournon, dans l'actuel 6e arrondissement. Aujourd'hui encore, au numéro 14 de cette rue, une caserne de pompiers occupe l'emplacement de ce qui fut l'un des lieux les plus animés de la capitale sous Louis XIII. La première caserne des mousquetaires construite à Paris occupe un emplacement inattendu. En 1659, Louis XIV fait aménager la Halle Barbier, située aux numéros 13-17 de la rue du Bac, pour y loger sa compagnie. C'est là que les Mousquetaires Gris, ainsi nommés en raison de la robe de leurs chevaux, établirent leurs quartiers. D'Artagnan en deviendra le capitaine en 1667. Cette caserne représentait une innovation majeure : jusque-là, les mousquetaires devaient loger chez l'habitant ou, s'ils en avaient les moyens, louer un appartement à leurs frais dans le quartier. Le bâtiment resta affecté à la compagnie jusqu'à sa suppression par Louis XVI en 1775. Quelques vestiges de cette époque demeurent visibles rue de Verneuil et rue du Bac pour l'œil averti.

Les trois mousquetaires du roman de Dumas ont bel et bien existé, même si leur vie réelle diffère considérablement de la fiction. Athos, Porthos et Aramis étaient tous trois originaires du Béarn ou de Gascogne, comme d'Artagnan lui-même. Isaac de Portau, le Porthos historique, était né à Pau en 1617 dans une famille protestante. Henri d'Aramitz, quant à lui, né vers 1620, était abbé laïc de l'abbaye du village dont il porte le nom, situé dans la vallée du Barétous. Cette tradition gasconne au sein des mousquetaires remontait au règne d'Henri IV, originaire de Navarre, qui avait choisi de s'entourer d'hommes de confiance issus de sa région natale. Son fils Louis XIII perpétua cet usage, faisant des Pyrénéens les gardiens privilégiés de la monarchie française.
Le véritable Athos, Armand de Sillègue d'Athos d'Autevielle, trouva tragiquement la mort le 21 décembre 1643 au Pré-aux-Clercs, vaste terrain situé sur la rive gauche de la Seine, entre l'actuelle rue Bonaparte et la rue du Bac. Ce lieu était le rendez-vous privilégié des duellistes parisiens. Le registre des décès de l'église Saint-Sulpice conserve la trace de cet événement : « Convoy, service et enterrement du deffunct Armand, Athos dautebielle mousquetaire de la garde du Roi, gentilhomme de Béarn, pris proche la halle du Pré aux Clercs. » Ce mousquetaire béarnais, entré dans la compagnie vers 1640 grâce à la protection de son cousin Monsieur de Tréville, n'aura servi le roi que trois ans avant de périr, probablement lors d'un duel qui tourna mal.
La rivalité entre les mousquetaires du roi et les gardes du Cardinal constitue l'un des ressorts dramatiques du roman de Dumas, mais elle reposait sur une réalité historique bien documentée. Le 27 septembre 1626, Louis XIII avait ordonné la création d'une garde personnelle pour protéger Richelieu, menacé de mort après diverses conspirations. Les deux compagnies coexistaient donc au sein de l'État, l'une associée au représentant le plus haut du pouvoir temporel, l'autre au prélat le plus influent de France. Cette situation créait des tensions permanentes, d'autant que les duels étaient officiellement interdits depuis un édit de février 1626 promulgué précisément par Richelieu. Le cardinal avait fait décapiter, le 21 juin 1627, deux jeunes nobles pris en flagrant délit de duel, établissant ainsi que la défense de l'honneur individuel ne devait plus mettre en danger le royaume. Pourtant, ni le roi ni le cardinal ne cherchaient véritablement à empêcher les affrontements entre leurs gardes respectives, trop satisfaits de voir leurs corps d'élite se défier et se mesurer.
Les duels se déroulaient dans des lieux précis, connus de tous les Parisiens de l'époque. Le Pré-aux-Clercs, vaste terrain situé sur la rive gauche de la Seine, entre l'actuelle rue Bonaparte et la rue du Bac, était le rendez-vous privilégié des duellistes. Dans le roman de Dumas, c'est au couvent des Carmes-Déchaux que d'Artagnan a rendez-vous avec Athos pour leur duel, un lieu isolé choisi précisément parce que les duels étaient interdits par le cardinal Richelieu. Les jardins du couvent des Carmes, transformé depuis en Institut catholique, servaient également de terrain d'affrontement lors des altercations entre mousquetaires et gardes du Cardinal.

Le 3 avril 1659, à six heures du matin, une cérémonie discrète se déroule en l'église Saint-André-des-Arts, dans l'actuel 6e arrondissement. Charles de Batz de Castelmore épouse Anne-Charlotte de Chanlecy, baronne de Sainte-Croix et riche veuve bourguignonne. L'heure matinale de cette union peut surprendre, mais il était alors d'usage parmi l'aristocratie de se marier à des heures incongrues, cette pratique étant réputée assurer le bonheur des couples. Madame de Sévigné elle-même s'était mariée à deux heures du matin. Le contrat de mariage avait été signé un mois plus tôt, le 5 mars, dans une petite salle du Louvre, en présence de Louis XIV en personne et du cardinal Mazarin, témoignant ainsi de l'estime que le pouvoir royal portait au fidèle mousquetaire. Le couple eut deux fils, tous deux prénommés Louis en l'honneur du roi, mais se sépara dès 1665, Anne-Charlotte lassée des absences et des infidélités de son mari.

Le 5 septembre 1661 marque l'un des épisodes les plus célèbres de la carrière de d'Artagnan, celui qui fera sa renommée auprès de ses contemporains bien avant que Dumas ne s'empare de sa légende. Ce jour-là, jour anniversaire de Louis XIV, le mousquetaire reçoit l'ordre d'arrêter Nicolas Fouquet, surintendant des Finances, à Nantes. Quelques semaines plus tôt, le 17 août, Fouquet avait commis l'erreur fatale d'offrir au roi une fête somptueuse en son château de Vaux-le-Vicomte, déployant un luxe qui avait humilié le jeune souverain. Voltaire résuma parfaitement la chute du surintendant : « Le 17 août, à 6 heures du soir, Fouquet était le roi de France ; à 2 heures du matin, il n'était plus rien. » L'arrestation elle-même fut menée avec une précision remarquable. Fouquet, qui sortait du conseil royal persuadé d'être dans les bonnes grâces du roi, fut stupéfait de voir d'Artagnan l'attendre à la sortie de la salle du conseil pour lui signifier son arrestation.
Ce qui suivit révèle un aspect méconnu du caractère de d'Artagnan : sa profonde humanité. Pendant près de quatre ans, le mousquetaire devint le geôlier du surintendant déchu, l'accompagnant dans ses différents transferts entre Angers, Amboise, Vincennes et la Bastille. Contrairement à ce que sa fonction aurait pu laisser supposer, d'Artagnan s'employa à adoucir les conditions de détention de son prisonnier. Cette mission de geôlier finit cependant par peser au mousquetaire. En 1665, il osa s'en plaindre directement au ministre Colbert : « Excellence, j'aimerais mieux servir comme simple soldat aux gardes que d'être le premier geôlier du royaume. » Colbert lui répondit froidement : « Allez dire cela au roi si vous l'osez ! » Ce que fit d'Artagnan. Louis XIV, reconnaissant sa fidélité, accepta finalement de le libérer de cette charge et le nomma capitaine-lieutenant de la première compagnie des mousquetaires en récompense de ses loyaux services.

Le 25 juin 1673, lors du siège de Maastricht dans la guerre de Hollande, d'Artagnan trouve la mort au combat. Il a alors plus de soixante ans, un âge avancé pour l'époque, mais le vieux mousquetaire n'a rien perdu de sa fougue. La scène de sa mort a été rapportée par plusieurs témoins. Lors d'un assaut particulièrement violent, une balle de mousquet l'atteint à la gorge. Le Mercure Galant de juin 1673 décrit la violence du combat : « L'intensité des tirs de mousquet était telle que même la grêle n'aurait pu tomber plus abondamment : deux mousquetaires essayant de relever Monsieur d'Artagnan furent tués à ses côtés, et deux autres qui avaient pris leur place furent tués de la même façon près de leur capitaine, sans même avoir eu le temps de se relever. » Au total, quatre mousquetaires périrent en tentant de ramener le corps de leur chef.
Louis XIV, informé de la nouvelle, fit célébrer une messe dans sa tente et écrivit à la reine ces mots restés célèbres : « Madame, j'ai perdu d'Artagnan, en qui j'avais toute confiance et qui m'était bon à tout. » Un officier des mousquetaires ajouta : « On a de la peine à trouver meilleur français, meilleur des hommes, le plus intègre, le plus généreux, le plus fidèle, le plus cher des amis. » Vauban, le célèbre ingénieur militaire, fut plus critique. Pour lui, la mort de d'Artagnan illustrait ce qu'il appelait le « péché originel que les Français ne corrigeront jamais » : cette témérité excessive, cette vanité qui pousse les soldats à se battre à découvert plutôt que de se protéger.
Le lieu de sépulture de d'Artagnan demeure un mystère. L'historienne Odile Bordaz pense avoir localisé sa tombe dans l'église Saint-Pierre-et-Paul de Wolder, un faubourg de Maastricht où Louis XIV avait établi son quartier général et où il assistait à la messe quotidienne pendant le siège. Cependant, l'archéologue Wim Dijkman, conservateur des collections historiques de Maastricht, affirme qu'aucune preuve historique ou archéologique ne vient confirmer cette hypothèse.

Paris conserve aujourd'hui peu de traces visibles du passage des mousquetaires. La seconde compagnie, celle des Mousquetaires Noirs aux chevaux de robe sombre, avait sa caserne au 26 rue de Charenton, dans l'actuel 12e arrondissement. Les deux compagnies furent définitivement dissoutes en 1775, au début du règne de Louis XVI, victimes des restrictions budgétaires. Mais l'esprit des mousquetaires, lui, ne mourut jamais. Il suffit de flâner dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, de remonter la rue Servandoni jusqu'à l'église Saint-Sulpice, de passer devant la caserne de pompiers de la rue de Tournon, pour sentir encore vibrer l'âme de ces soldats gascons qui, il y a quatre siècles, arpentaient ces mêmes pavés.
Alexandre Dumas, en puisant dans les mémoires apocryphes de Courtilz de Sandras, n'a pas seulement créé des personnages de fiction : il a donné l'immortalité à des hommes bien réels, dont les aventures véritables n'avaient parfois rien à envier à celles de leurs doubles littéraires. Car si le d'Artagnan historique n'a jamais participé au siège de La Rochelle, contrairement à ce que raconte le roman, s'il n'a probablement jamais eu affaire au cardinal de Richelieu mais bien à son successeur Mazarin, sa vie n'en fut pas moins extraordinaire. Agent secret pendant la Fronde, homme de confiance du plus puissant monarque d'Europe, geôlier de l'homme le plus riche de France, gouverneur de Lille, et finalement héros mort au combat, épée à la main, sous les remparts d'une ville hollandaise. « D'Artagnan et la gloire ont le même cercueil », aurait dit Louis XIV. Peu d'épitaphes résument aussi parfaitement une existence.
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