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LE MAG’ DU PARIS SECRET

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L'histoire des Francs-Maçons à Paris

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Sous les pavés de Paris, il n’y a pas que la plage. Il y a des secrets, des réseaux et des philosophies qui ont façonné la ville bien plus qu’on ne l’imagine. Si l’alchimie a laissé une empreinte mystique, la franc-maçonnerie, elle, a gravé ses idéaux et ses symboles dans la pierre, les lois et l’esprit même de la capitale. Discrète mais immensément influente, elle est un fil conducteur essentiel pour comprendre trois siècles d’histoire parisienne. D’où vient-elle ? Comment est-elle devenue un creuset pour les Lumières, un acteur de la Révolution et le bâtisseur de la République ? Arcanum vous ouvre les portes des temples et vous guide à travers le Paris des Frères, à la découverte d’un héritage aussi fascinant que méconnu.


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Des Bâtisseurs de Cathédrales aux Bâtisseurs de Sociétés : La Naissance de la Franc-Maçonnerie Spéculative

Francs-Maçons bâtisseurs de cathédrales

Avant de devenir la société de pensée que l’on connaît, la franc-maçonnerie était “opérative”. Au Moyen Âge, les maçons étaient les bâtisseurs de cathédrales, des artisans qui détenaient les secrets de la géométrie et de l’architecture. Ils se transmettaient leur savoir-faire de manière secrète au sein de corporations ou de loges. Cependant, à la fin du XVIIe siècle en Angleterre, avec le déclin des grands chantiers gothiques, ces loges opératives se sont progressivement ouvertes à des membres qui n’étaient pas du métier : des nobles, des bourgeois, des savants, fascinés par la philosophie et les symboles de ces bâtisseurs. On les appela les maçons “acceptés”. Ce mouvement marque la bascule vers la franc-maçonnerie “spéculative”. Les outils du maçon (l’équerre, le compas, le maillet) ne servent plus à tailler la pierre, mais à “tailler” symboliquement sa propre pierre intérieure, à se perfectionner moralement et intellectuellement.

Francs-Maçons bâtisseurs de cathédrales

L’acte fondateur de cette nouvelle maçonnerie a lieu le 24 juin 1717, jour de la Saint-Jean-Baptiste. Quatre loges de Londres se réunissent à la taverne du “Goose and Gridiron” (l’Oie et le Gril) et fondent la première Grande Loge de Londres. Pour unifier les pratiques et donner un cadre philosophique à ce nouvel ordre, un pasteur presbytérien du nom de James Anderson est chargé de rédiger une charte. Il publie en 1723 les fameuses Constitutions des Francs-Maçons. Ce texte est une révolution : il établit les règles de la franc-maçonnerie moderne, fondée non plus sur un métier, mais sur des valeurs universelles. Il prône la tolérance religieuse, la fraternité entre les hommes par-delà leurs origines, et la quête de la connaissance. C’est cette franc-maçonnerie spéculative, philosophique et humaniste, qui va traverser la Manche et conquérir l’Europe.

L’Arrivée des Frères en France : Une Double Origine, de Bordeaux à Paris

Les premiers francs-maçons, en loge à ParisLa franc-maçonnerie spéculative pénètre la France par deux voies distinctes et quasi simultanées, l’une militaire et commerciale, l’autre plus aristocratique. La toute première trace remonte à 1688, avec l’exil en France des régiments irlandais et écossais fidèles au roi catholique Jacques II Stuart. Ces militaires, qui fuyaient l’Angleterre, auraient implanté des loges militaires itinérantes. Mais c’est dans le Sud-Ouest, plaque tournante du commerce avec les îles britanniques, que l’Ordre va véritablement s’enraciner. Le 27 avril 1732, à Bordeaux, est fondée la première loge française officiellement documentée : “L’Anglaise”.

Histoire et origines de la la franc-maçonnerie en France

Créée par des marins et négociants, elle témoigne de cette implantation via les ports et les échanges commerciaux. Parallèlement, une autre loge voit le jour à Paris vers 1725, dans le quartier Saint-Germain. Fondée par des nobles britanniques exilés, elle attire rapidement l’aristocratie française. Des figures comme Montesquieu, initié à Londres en 1730, donnent à l’Ordre ses lettres de noblesse intellectuelle. Les loges deviennent les nouveaux salons à la mode, des espaces de sociabilité uniques où, chose impensable dans la société d’Ancien Régime, des hommes de conditions différentes peuvent débattre sur un pied d’égalité.

L’Âge d’Or : Quand la Maçonnerie Conquiert le Pouvoir et la Cour

Loin d’être une société subversive, la franc-maçonnerie du XVIIIe siècle est parfaitement intégrée à la monarchie. Pour se protéger des foudres de l’Église (le Pape Clément XII excommunie les maçons dès 1738) et de la méfiance de la police royale, les loges françaises placent à leur tête les plus hauts personnages du royaume.

la première loge de francs maçons en France

En 1773, Louis-Philippe d’Orléans, duc de Chartres et cousin du roi Louis XVI (le futur Philippe Égalité), devient le Grand Maître du Grand Orient de France, la nouvelle obédience qui unifie la majorité des loges du pays. Sous cette protection princière, la maçonnerie devient un véritable outil d’influence.

La loge des “Neuf Sœurs”, fondée en 1776, est à ce titre emblématique. Véritable “parti des philosophes”, elle initie Voltaire quelques semaines avant sa mort en 1778, en présence de Benjamin Franklin. Elle compte dans ses rangs des savants comme d’Alembert, des artistes comme le sculpteur Houdon, et des révolutionnaires en devenir comme Danton et Camille Desmoulins. C’est là, dans le secret des temples, que se pense une partie de l’avenir de la France.

La Révolution : Le Temple dans la Tourmente

Les francs-maçons pendant la révolution française

La franc-maçonnerie a-t-elle “fait” la Révolution française ? Cette question hante l’historiographie depuis plus de deux siècles et nourrit encore aujourd’hui les fantasmes complotistes. La réponse est à la fois simple et complexe : non, il n’y a pas eu de “complot maçonnique” orchestré pour abattre la monarchie. Mais oui, les loges ont été, sans le vouloir explicitement, le laboratoire où se sont forgées les idées qui allaient bouleverser le monde.

En 1789, la franc-maçonnerie française est à son apogée. On estime qu’environ 30 000 à 40 000 hommes sont initiés, répartis dans plus de 600 loges à travers le royaume. Parmi eux, une part importante de la noblesse libérale, de la haute bourgeoisie, du clergé éclairé et des intellectuels. Ces hommes se sont habitués, depuis des décennies, à se réunir dans un espace où les privilèges de naissance sont suspendus.

Les francs-maçons pendant la révolution française

Dans le temple, un duc et un avocat se parlent d’égal à égal, s’appellent “frère”, et débattent librement de philosophie, de morale et de politique. Cette pratique de l’égalité, même symbolique, est révolutionnaire dans une société d’ordres figée. Les valeurs proclamées dans les loges — liberté de conscience, égalité entre les frères, fraternité universelle — sont exactement celles qui vont éclater au grand jour en 1789.

Pourtant, l’Ordre lui-même est profondément divisé. À sa tête se trouve Philippe d’Orléans, dit Philippe Égalité après 1792, Grand Maître du Grand Orient de France depuis 1773. Ce prince du sang, cousin du roi Louis XVI, est un personnage ambigu et fascinant. Immensément riche, libertin notoire, il est aussi un fervent partisan des idées nouvelles. Son Palais-Royal, à Paris, est le cœur battant de l’opposition au pouvoir royal. C’est dans ses jardins que Camille Desmoulins, le 12 juillet 1789, appelle le peuple aux armes, deux jours avant la prise de la Bastille. Philippe Égalité votera la mort de son cousin Louis XVI à la Convention en janvier 1793, un acte qui lui vaudra le mépris des royalistes et la méfiance des révolutionnaires. Soupçonné de vouloir se faire proclamer roi à la place de Louis XVI, il sera finalement arrêté et guillotiné le 6 novembre 1793. Avec lui disparaît le symbole même de la franc-maçonnerie d’Ancien Régime, celle des princes et des salons dorés.

La Fayette Franc-Maçon à Paris

Mais Philippe Égalité n’est pas le seul franc-maçon emporté par la tourmente. Le destin de La Fayette est tout aussi emblématique (ci-dessus dans le tableau). Héros de la guerre d’indépendance américaine, initié dans la loge militaire “La Candeur” puis membre des “Neuf Sœurs”, il incarne l’idéal maçonnique de liberté et de fraternité entre les peuples. C’est lui qui, commandant de la Garde nationale en 1789, remet au roi la cocarde tricolore et tente de concilier monarchie constitutionnelle et aspirations populaires. Mais son modérantisme le rend suspect aux deux camps. Après la chute de la monarchie en août 1792, il est contraint de fuir la France. Il sera emprisonné pendant cinq ans en Autriche avant de pouvoir rentrer sous le Consulat. La Fayette survit, mais son rêve d’une révolution pacifique et fraternelle est brisé.

D’autres frères, plus radicaux, embrassent pleinement la Révolution. Georges Danton, initié dans la loge des “Neuf Sœurs”, devient l’un des tribuns les plus puissants de la Convention. Sa voix de stentor galvanise les foules, son pragmatisme politique fait de lui un acteur incontournable. Mais Danton est aussi un homme de compromis, ce qui le rendra suspect aux yeux de Robespierre. Accusé de corruption et de modérantisme, il sera guillotiné le 5 avril 1794, à 34 ans. Son ami Camille Desmoulins, également initié aux “Neuf Sœurs”, journaliste brillant et idéaliste, le suivra sur l’échafaud le même jour. Tous deux avaient cru que la fraternité maçonnique pourrait s’étendre à la nation entière. Ils mourront victimes de la Terreur qu’ils avaient contribué à déclencher.

Guillotin, célèbre franc-maçon

Le docteur Joseph Guillotin, lui aussi franc-maçon, connaîtra un sort plus clément, mais son nom restera à jamais associé à l’instrument de mort qu’il n’a pas inventé, mais dont il a proposé l’usage au nom de l’humanité : une exécution rapide et indolore, la même pour tous, du noble au roturier. Paradoxe tragique, la guillotine, censée incarner l’égalité devant la mort, deviendra le symbole de la Terreur.

Pendant la Révolution, les loges se mettent progressivement en sommeil. Les réunions deviennent dangereuses, les frères se méfient les uns des autres. Certains, comme le marquis de Condorcet, philosophe et mathématicien, membre des “Neuf Sœurs” (voyez la patente de sa création ci-dessous), tenteront de poursuivre leur idéal de raison et de progrès. Condorcet rédigera en prison, avant de mourir mystérieusement en 1794, son “Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain”, testament lumineux de l’esprit des Lumières.

La loge des neuf soeurs à Paris

Ainsi, la franc-maçonnerie n’a pas “fait” la Révolution, mais elle en a été à la fois l’incubateur et la victime. Ses membres se sont retrouvés dans tous les camps : royalistes, constitutionnels, girondins, montagnards. Beaucoup ont péri. Mais l’esprit qui animait les loges — celui du débat libre, de l’égalité de principe et de la fraternité — a survécu et s’est incarné dans la devise qui allait devenir celle de la République : “Liberté, Égalité, Fraternité”.

De l’Empire à la République : Le Ciment de la Nation

Napoléon et les francs-maçons à Paris

Après la Révolution, la franc-maçonnerie se reconstruit. Napoléon Ier la met sous sa coupe et en fait un instrument de contrôle social. C’est au cours du XIXe siècle que la maçonnerie parisienne devient le fer de lance du combat républicain et laïque. Des frères comme Jules Ferry conçoivent l’école laïque, gratuite et obligatoire. Victor Schoelcher mène le combat pour l’abolition de l’esclavage. La séparation de l’Église et de l’État en 1905 est pensée et ardemment soutenue dans les temples de la rue Cadet (siège du Grand Orient de France) et de la rue de Puteaux (siège de la Grande Loge de France).

Paris, Temple à Ciel Ouvert : L’Héritage Architectural des Frères Bâtisseurs

Au-delà des idées, les francs-maçons ont marqué Paris de leur empreinte la plus visible et la plus durable : la pierre. De nombreux architectes, sculpteurs, ingénieurs et artistes étaient des initiés et ont parsemé la ville de symboles et de références à leur philosophie. Paris est un véritable livre ouvert pour qui sait déchiffrer son alphabet secret. Voici un parcours initiatique à travers les monuments et les lieux qui témoignent de cette influence discrète mais omniprésente.

Le Panthéon : Le Temple des Immortels

Les francs-maçons du Panthéon de Paris

Le Panthéon, ce temple néo-classique qui domine la montagne Sainte-Geneviève, est l’œuvre du frère Jacques-Germain Soufflot, architecte des Lumières. Commandé par Louis XV en 1764 pour être une église dédiée à Sainte-Geneviève, il sera transformé en temple laïc par la Révolution. Sa forme en croix grecque, son dôme inspiré du Panthéon de Rome et de Saint-Pierre, et sa façade à colonnes corinthiennes en font un manifeste architectural de la raison triomphante. À l’intérieur, la crypte est devenue la nécropole des grands hommes de la République. On y trouve les tombeaux de Voltaire et de Rousseau, tous deux liés à la franc-maçonnerie, ainsi que ceux de Victor Hugo, Émile Zola, Jean Jaurès, et bien d’autres figures qui ont incarné les valeurs de liberté et de progrès. Le Panthéon est ainsi le symbole même de l’immortalité accordée par la République à ceux qui ont servi l’humanité, un écho direct de la quête maçonnique de perfectionnement et de transmission.

Le Louvre : Palais des Mystères Égyptiens

Les francs-maçons au Louvre

Le Louvre, palais des rois devenu musée universel, porte lui aussi la marque des Frères. Son premier conservateur, Dominique Vivant Denon, baron d’Empire, était un franc-maçon passionné d’égyptologie. C’est lui qui accompagna Bonaparte lors de la campagne d’Égypte et qui rapporta en France une fascination pour les mystères de l’Antiquité pharaonique. Cette passion se reflète dans les collections du musée, mais aussi dans son architecture. L’architecte Pierre Fontaine, qui travailla à l’agrandissement du Louvre sous Napoléon, était également initié. On retrouve dans les décors du palais des symboles discrets : des équerres, des compas, des représentations d’Isis et d’Osiris, et même la lettre H (pour Hiram, l’architecte mythique du Temple de Salomon). La pyramide de verre de I.M. Pei, inaugurée en 1989, bien que contemporaine, s’inscrit dans cette symbolique d’élévation spirituelle. Et sous la pyramide inversée du Carrousel, certains voient une référence à la formule alchimique et maçonnique V.I.T.R.I.O.L. : “Visite l’Intérieur de la Terre et en Rectifiant, tu trouveras la Pierre Cachée”, invitation au voyage intérieur et à la transformation de soi.

La Tour Eiffel : L’Échelle de l’Initiation

La Tour Eiffel, symbol Franc-maçon

La Tour Eiffel, symbole universel de Paris, est aussi un monument maçonnique. Son créateur, Gustave Eiffel, était membre de la loge Alsace-Lorraine. Érigée pour l’Exposition universelle de 1889, elle célèbre le centenaire de la Révolution et le triomphe de la République. Sa structure en fer, audacieuse et moderne, défie les conventions et s’élève vers le ciel comme une échelle symbolique. Ses trois étages peuvent être lus comme une allégorie des trois premiers degrés de l’initiation maçonnique : apprenti, compagnon, maître. Chaque étage représente une étape de l’élévation spirituelle et intellectuelle. De plus, la Tour culmine à 324 mètres, dépassant ainsi le Sacré-Cœur de Montmartre, alors en construction. Cette rivalité n’est pas anodine : la Tour, phare de la raison et de la science, s’oppose symboliquement à la basilique, symbole de l’ordre moral catholique. La Tour Eiffel illumine Paris chaque nuit, incarnant la “Ville Lumière” au sens propre comme au sens philosophique.

L’Axe Historique : La Course du Soleil, de l’Orient à l’Occident

L'axe historique de Paris : un symbole franc-maçon

L’un des secrets les mieux cachés de Paris est son axe historique, cette ligne droite qui traverse la ville d’est en ouest, de l’Arc du Carrousel au Louvre jusqu’à la Grande Arche de la Défense. Cet axe n’est pas le fruit du hasard : il symbolise la course du soleil, de son lever (l’Orient, source de lumière et de connaissance en franc-maçonnerie) à son coucher (l’Occident). Au centre de cet axe se dresse l’obélisque de Louxor, place de la Concorde. Ce monolithe de granit rose, vieux de 3 300 ans, a été offert à la France par l’Égypte en 1831 et érigé en 1836 sous la direction du frère Isidore Taylor, dramaturge et ordonnateur de l’expédition. L’obélisque, symbole solaire par excellence, marque le point d’équilibre entre le passé (le Louvre, palais des rois) et l’avenir (la Défense, quartier moderne). Il est aussi un lien entre la terre et le ciel, entre le monde profane et le monde sacré, thème central de la pensée maçonnique.

L’Assemblée Nationale : Le Temple de la Loi

L'assemblée Nationale : députés Francs-Maçons à Paris

Le Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale, porte lui aussi la marque des Frères. Son architecte, Jules de Joly, était le fils d’un porte-parole du Grand Orient de France. Le fronton de l’Assemblée, sculpté par Jean-Pierre Cortot, membre de la loge Le Grand Sphinx, représente la France entre la Liberté et l’Ordre public, entourée de figures allégoriques. Si l’on observe attentivement, on peut y déceler des symboles maçonniques : l’équerre et le compas, discrets mais présents. L’Assemblée nationale, temple de la loi républicaine, est ainsi le lieu où s’incarne l’idéal maçonnique de fraternité et de justice. Les décors intérieurs, réalisés par le peintre Horace Vernet (également franc-maçon), célèbrent les grandes heures de l’histoire de France et les valeurs républicaines.

La Place de la Nation : Le Triomphe de la République

La place de la Nation est dominée par un imposant groupe sculpté intitulé “Le Triomphe de la République”, œuvre du sculpteur Aimé-Jules Dalou, inaugurée en 1899. Cette statue monumentale célèbre la victoire définitive de la République sur la monarchie et l’Empire. Dalou, franc-maçon engagé, a parsemé son œuvre de symboles : on y trouve une équerre, une ruche (symbole du travail et de la fraternité), un acacia (arbre sacré de la franc-maçonnerie, symbole d’immortalité), un compas, une règle et un ciseau. Ces outils du bâtisseur rappellent que la République est une construction collective, un chantier permanent qui nécessite l’engagement de tous. La place de la Nation est ainsi un manifeste politique et philosophique gravé dans le bronze.

Le Monument des Droits de l’Homme au Champ-de-Mars

Au pied de la Tour Eiffel, sur le Champ-de-Mars, se dresse un monument moins connu mais tout aussi symbolique : le Monument des Droits de l’Homme et du Citoyen, créé par le sculpteur tchèque Ivan Theimer en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution. Ce monument, en forme de temple miniature, est orné de symboles maçonniques explicites : le delta rayonnant (l’œil de la Providence), le soleil, et des références aux travaux de Newton (lui-même considéré comme un précurseur de la pensée maçonnique). Les plaques de bronze reproduisent la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, texte fondateur de la République, dont les principes résonnent profondément avec les valeurs maçonniques.

La Grande Arche de la Défense : Le Cube Ouvert vers l’Avenir

L’axe historique trouve son aboutissement contemporain avec la Grande Arche de la Défense, inaugurée en 1989 pour le bicentenaire de la Révolution. Conçue par l’architecte danois Otto von Spreckelsen, cette arche monumentale en forme de cube ouvert peut être lue comme une pierre taillée, symbole du travail maçonnique de perfectionnement. Le cube, figure géométrique parfaite, représente la stabilité et la rigueur. Son ouverture vers le ciel évoque l’élévation spirituelle. Au sommet de l’Arche, un dallage zodiacal réalisé par l’artiste Jean-Pierre Raynaud ajoute une dimension cosmique à l’ensemble, rappelant que la franc-maçonnerie se veut universelle, à l’échelle de l’humanité et du cosmos.

Un Paysage Maçonnique Pluriel : Les Grandes Obédiences et leurs Philosophies

Enfin, il ne faut pas oublier les lieux où la franc-maçonnerie est encore vivante et active. Le Grand Orient de France, situé au 16 rue Cadet dans le 9e arrondissement, abrite un musée de la franc-maçonnerie ouvert au public, où l’on peut découvrir l’histoire, les rituels et les objets de l’Ordre. La Grande Loge de France, rue de Puteaux dans le 17e arrondissement, possède également des archives et une bibliothèque remarquables. Ces lieux, discrets de l’extérieur, sont les temples modernes où se perpétue la tradition des Lumières. Paris est ainsi un immense temple à ciel ouvert, où chaque monument, chaque place, chaque statue raconte une part de l’histoire des francs-maçons. Pour qui sait lire les symboles, la ville devient un livre initiatique, une invitation permanente à la réflexion et à l’élévation.

Les obédiences maçonniques à Paris

Aujourd’hui, la franc-maçonnerie française est loin d’être un bloc monolithique. Elle est composée de nombreuses “obédiences” (des fédérations de loges) qui, si elles partagent un héritage commun, présentent des différences philosophiques notables, notamment sur la question de la religion et de la mixité. On estime qu’il y a entre 135 000 et 180 000 francs-maçons en France, répartis principalement entre trois grands courants :

Le Grand Orient de France (GODF) : C’est la plus ancienne (1773) et la plus importante obédience en nombre de membres. Historiquement, elle est le fer de lance du courant dit “libéral” ou “adogmatique”. En 1877, le GODF a pris une décision historique en supprimant de ses rituels l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Il se fonde sur une laïcité de combat et prône la liberté absolue de conscience. Ses loges peuvent être masculines, féminines ou mixtes, et ses travaux sont souvent tournés vers les questions sociales et politiques.

La Grande Loge Nationale Française (GLNF) : Fondée en 1913, la GLNF incarne le courant “régulier” et “spiritualiste”. Pour être membre de la GLNF, il est impératif de croire en Dieu, désigné comme le “Grand Architecte de l’Univers”, et de prêter serment sur un livre sacré (la Bible le plus souvent). Contrairement au GODF, la GLNF se défend de toute immixtion dans les débats politiques ou religieux et se concentre sur une démarche initiatique et spirituelle. Elle n’admet que les hommes et est la seule obédience française reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre, la “maison-mère” de la maçonnerie mondiale.

La Grande Loge Féminine de France (GLFF) : Née en 1952, la GLFF est la plus grande obédience exclusivement féminine au monde. Elle se situe dans un courant libéral et adogmatique, proche de celui du Grand Orient, mais avec une sensibilité propre aux questions de la place des femmes dans la société. Elle laisse à ses membres la liberté de croire ou de ne pas croire, et ses travaux allient la réflexion sociétale à une démarche initiatique et symbolique forte.

À côté de ces trois grands pôles, il existe de nombreuses autres obédiences, comme la Grande Loge de France (GLDF), masculine et spiritualiste mais plus libérale que la GLNF, ou Le Droit Humain, première obédience mixte au monde, fondée à la fin du XIXe siècle.

Les Rites : Des Chemins Initiatiques Différents

Les différents rites de la franc maçonnerie et des francs maçons à paris

Au sein de ces obédiences, les francs-maçons ne travaillent pas tous de la même manière. Ils suivent un “rite”, c’est-à-dire un ensemble de rituels et de symboles qui structurent les cérémonies et la progression initiatique. Chaque rite a sa propre histoire et sa propre “couleur” philosophique. Les deux principaux rites pratiqués en France sont :

Le Rite Français (RF) : C’est le rite historique du Grand Orient de France, fixé en 1786. Il se caractérise par sa sobriété, sa clarté et son orientation philosophique et humaniste. Il met l’accent sur la symbolique des Lumières, la raison et l’engagement citoyen. Dans sa version moderne, il est le rite par excellence de la maçonnerie laïque et républicaine.

Le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) : C’est le rite le plus pratiqué dans le monde, et très répandu en France dans la plupart des obédiences (GLDF, GLNF, GLFF…). Il se distingue par sa dimension chevaleresque et sa richesse symbolique, notamment d’inspiration biblique et kabbalistique. Il propose un parcours initiatique en 33 degrés, qui permet d’approfondir progressivement les mystères de l’existence. Le REAA est souvent perçu comme plus spiritualiste et déiste que le Rite Français.

D’autres rites, comme le Rite Écossais Rectifié (RER), d’inspiration chrétienne et templière, ou le Rite de Memphis-Misraïm, d’inspiration égyptienne et hermétiste, viennent compléter ce paysage, offrant une grande diversité de chemins pour ceux qui frappent à la porte du temple.

Une Fraternité en Action, du Temple à la Cité

Après avoir parcouru trois siècles d’histoire et déchiffré les symboles gravés dans la pierre de Paris, une question demeure : quelle est la place de la franc-maçonnerie dans la cité aujourd’hui ? Si son influence politique directe a reflué depuis l’âge d’or de la IIIe République, son rôle n’en est pas moins essentiel, bien que plus discret. La franc-maçonnerie parisienne contemporaine s’articule autour de deux axes majeurs : le perfectionnement individuel et l’engagement collectif. Dans la sphère privée, la loge reste un lieu unique de développement personnel. C’est un espace de parole libre et protégée où des hommes et des femmes de tous horizons se retrouvent pour “tailler leur pierre”, c’est-à-dire travailler sur eux-mêmes, confronter leurs idées et s’enrichir au contact des autres. C’est un laboratoire de la pensée, une école de la tolérance et de l’écoute qui forme des citoyens éclairés.

La franc-maçonnerie à Paris

Mais cette quête intérieure n’a de sens que si elle se prolonge à l’extérieur du temple. La bienfaisance et la solidarité sont des piliers fondamentaux de l’engagement maçonnique. Loin des fantasmes, l’action des francs-maçons se traduit très concrètement dans le domaine caritatif. La plupart des grandes obédiences ont créé leurs propres fondations ou fonds de dotation, reconnus d’utilité publique, qui agissent sur le terrain. La Fondation du Grand Orient de France, par exemple, soutient des projets liés aux droits humains, à l’éducation et à la laïcité, en France et à l’international. La Fondation de la GLNF et le fonds “Fraternité & Humanisme” de la Grande Loge de France œuvrent dans les domaines de l’aide aux personnes en difficulté, du soutien aux sinistrés de catastrophes naturelles, de la recherche médicale ou de la préservation du patrimoine.

Cet engagement prouve que la fraternité maçonnique n’est pas un simple concept, mais une pratique vivante. En construisant des écoles, en finançant des programmes d’aide sociale ou en soutenant des associations, les francs-maçons continuent, à leur manière, de “bâtir le temple de l’humanité”. Ainsi, la franc-maçonnerie à Paris, héritière des Lumières et bâtisseuse de la République, reste une force discrète mais agissante, un pont entre la quête de sens individuelle et la construction d’une société plus juste et plus fraternelle. Vivez l’Expérience au-delà des Livres : Votre Initiation au Paris des Francs-Maçons

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