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DU PARIS INSOLITE & SECRET
LE MAG’ DU PARIS SECRET
Les plus belles histoires insolites de Paris
À soixante-neuf mètres au-dessus du parvis, perchées sur la galerie du premier niveau de la tour nord de Notre-Dame, elles regardent la ville depuis le XIXe siècle avec un mélange de fascination et de mélancolie. Les chimères de Notre-Dame — ces créatures hybrides aux corps d’hommes ailés, de chauves-souris géantes et d’oiseaux monstrueux — ne sont pas médiévales : elles ont été inventées de toutes pièces par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc lors de la grande restauration de la cathédrale entre 1843 et 1864. Mais les gargouilles, elles, sont authentiques : ces animaux de pierre qui crachent la pluie depuis les XIIe et XIIIe siècles sont à la fois des canalisations d’eau, des gardiens symboliques et, pour certains chercheurs, des clés d’une lecture alchimique et hermétique de la cathédrale. Entre hydraulique médiévale, théologie des monstres, invention romantique et symbolisme ésotérique : voici l’histoire fascinante des créatures de pierre qui veillent sur Paris.
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SOMMAIRE
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Qui n’a pas levé les yeux vers la tour nord de Notre-Dame en cherchant ces silhouettes improbables perchées sur la balustrade ? La galerie des chimères — officiellement la galerie de la tour nord, entre les deux tours — abrite une cinquantaine de créatures hybrides que Viollet-le-Duc a disposées entre 1853 et 1857 sur la balustrade du niveau inférieur. Ce ne sont pas des gargouilles (les gargouilles ont une fonction hydraulique ; ces figures, non). Ce sont des chimères au sens strict : des créatures composites, issues de l’imagination fertile de l’architecte et de ses collaborateurs, notamment le sculpteur Victor Pyanet. Leur nombre exact est débattu, mais on en compte environ quatre-vingt-dix sur l’ensemble de la cathédrale.
Ces créatures n’ont pas de précédents médiévaux directs. Viollet-le-Duc ne les a pas copiées sur des modèles anciens : il les a inventées, nourri de lectures médiévales, de bestiaires enluminés et d’une imagination personnelle très romancée. Certaines chimères ont des visages presque humains, d’autres sont clairement animales : chauves-souris, hiboux, lions ailés, bêtes cornues aux oreilles de chien. L’une d’elles, la plus célèbre, s’appuie sur ses coudes sur la balustrade et contemple Paris avec une expression d’indicible mélancolie. Les Parisiens l’ont baptisée le Stryge — du nom d’une créature de la mythologie antique, oiseau de nuit dévoreur d’enfants.
Ces figurines de pierre sont devenues, au fil du XIXe siècle et du XXe siècle, des icônes de Paris au même titre que la Tour Eiffel. Elles symbolisent le Paris mystérieux, le Paris médiéval, le Paris des mystères. Mais leur statut est ambigu : ni vraiment médiévales ni vraiment modernes, ni religieuses ni profanes, elles occupent une zone frontière entre l’histoire et l’imaginaire — ce qui est peut-être, après tout, leur vocation profonde.

Contrairement aux chimères, les gargouilles médiévales de Notre-Dame sont authentiques et ont une fonction précise : elles servent de dégorgeoirs, c’est-à-dire de canalisations d’eau de pluie. Ces figures en pierre qui émergent des murs de la cathédrale à hauteur des toitures sont creuses : l’eau de pluie s’écoule à travers leur corps et est rejetée loin des fondations par leur gueule ouverte. Sans les gargouilles, l’eau ruissellerait le long des murs et éroderait les fondations en quelques décennies. La gargouille, c’est avant tout une technique de génie civil déguisée en monstre.
Mais pourquoi en forme de monstre ? Le mot gargouille vient du latin gurgulio, désignant la gorge ou le gosier : c’est l’organe par lequel le liquide est expulsé. La forme animale ou monstrueuse de la figure est une décision symbolique et théologique : en donnant à ce drain la forme d’une bête rejetant l’eau, les bâtisseurs médiévaux représentent la cathédrale comme un organisme vivant qui respire et crache. L’eau, symbole du chaos et des forces du mal dans la cosmologie médiévale, est ainsi domestiquée et rejetée par les forces de l’édifice sacré. La gargouille expulse le mal comme la cathédrale expulse le péché par la grâce divine.
La plupart des gargouilles médiévales de Notre-Dame ont été remplacées lors des restaurations successives — Viollet-le-Duc en a remplacé plusieurs dizaines. Les gargouilles véritablement médiévales se trouvent aujourd’hui principalement dans des positions moins accessibles, ou sont conservées au Musée de Cluny. Leur forme varie selon les ateliers et les époques : drôles de chiens aux oreilles tombantes, dragons cracheurs, bêtes bipèdes à la mâchoire démeusurée. Mais toutes partagent cette même logique : transformer un équipement technique en affirmation symbolique. L’architecture gothique n’était pas séparable du symbole.

En 1842, Notre-Dame de Paris est dans un état de délabrement avancé. Les révolutionnaires ont brisé des centaines de statues, arraché les vitraux, transformé la cathédrale en temple de la Raison puis en entrepôt. La façade est mutilée, les flèches effondrées, les gargouilles absentes ou brisées. L’État décide alors d’une restauration complète et confie le chantier à deux architectes : Jean-Baptiste-Antoine Lassus et Eugène Viollet-le-Duc. Lassus mourra prématurément en 1857 ; Viollet-le-Duc conduira le chantier jusqu’en 1864, devenant l’homme qui, plus que tout autre, a façonné l’image de Notre-Dame telle que nous la connaissons.
Viollet-le-Duc est un personnage fascinant : architecte de génie, théoricien du style gothique, auteur du monumental Dictionnaire raisonné de l’architecture française, il est aussi un homme profondément romantique qui voit dans le Moyen Âge un univers symbolique à réanimer. Sa restauration de Notre-Dame n’est pas une restauration au sens contemporain du terme — elle n’est pas une reconstruction à l’identique de ce qui existait. C’est une recréation, une invention. Viollet-le-Duc restaure la cathédrale telle qu’elle aurait dû être, selon ses propres visions du Moyen Âge médiéval idéal. Et c’est dans cet esprit qu’il invente les chimères.
La galerie des chimères est son œuvre la plus personnelle et la plus controversée. Ces créatures n’ont aucun précédent dans l’iconographie médiévale de Notre-Dame : Viollet-le-Duc les a conçues de toutes pièces, s’inspirant des bestiaires médiévaux, des marginalia des manuscrits enluminés et de son imagination personnelle. Certains y voient une forme d’arrogance créatrice ; d’autres, une forme de génie. Ce qui est certain, c’est que ces figures ont tellement bien réussi à s’intégrer dans le vocabulaire symbolique de la cathédrale que la plupart des visiteurs les croient médiévales. C’est là la réussite paradoxale de Viollet-le-Duc : inventer des faux si convaincants qu’ils deviennent authentiques.

Parmi toutes les chimères de Notre-Dame, l’une se distingue par son expression unique et sa position particulière : un être mi-homme, mi-chauve-souris, accoudé sur la balustrade de la galerie nord, les mains croisées sous le menton, qui regarde Paris de son regard creux avec une expression de profonde mélancolie. C’est le Stryge — du nom d’un oiseau maléfique de la mythologie antique, censé se nourrir de chair et de sang humains. Dans la Rome antique, les striges étaient des sorcières transformées en oiseaux nocturnes ; dans le Paris romantique du XIXe siècle, le nom s’applique à cette créature contemplative qui semble méditer sur le destin de la ville qu’elle surveille.
Le Stryge doit sa célébrité à une photographie : celle que Nadar — le grand photographe parisien Gaspard-Félix Tournachon — prend en 1853, alors que les travaux de Viollet-le-Duc sont à peine achevés. La photo montre le Stryge en gros plan, la ville de Paris floutée en arrière-plan, dans une mise en scène qui capte parfaitement l’étrangeté mélancolique de la créature. Cette image sera reproduite des milliers de fois, faisant du Stryge le symbole par excellence du Paris mystérieux et du génie gothique retrouvé. C’est l’une des premières fois qu’une photographie contribue directement à créer un mythe.
Ce que la photo de Nadar ne dit pas, c’est que le Stryge est une création de Victor Pyanet, sculpteur collaborateur de Viollet-le-Duc, et non une figure médiévale. Son expression mélancolique n’est pas un vestige du Moyen Âge : c’est l’expression du romantisme du XIXe siècle, de ce mal du siècle baudelairien qui imprègne toute l’époque. Le Stryge est un romantique déguisé en monstre médiéval — une métaphore en pierre de l’artiste qui regarde le monde avec un mélange de fascination et de désespoir. Ce n’est pas le moins étrange de ses charmes.

Dans la tradition hermétique et alchimique, les cathédrales gothiques ne sont pas de simples édifices religieux : ce sont des livres de pierre dont la lecture nécessite une clé symbolique. Fulcanelli, l’auteur mystérieux du célèbre Mystère des cathédrales (1926) — dont l’identité réelle n’a jamais été établie avec certitude — développe cette thèse avec une érudition impressionnante : les portails, les chapiteaux, les gargouilles et les chimères des cathédrales seraient les éléments d’un enseignement alchimique codé, destiné aux initiés capables de le lire. Dans cette perspective, une gargouille en forme de dragon n’est pas un démon : c’est le soufre des philosophes, principe masculin et actif de la matière en transformation.
Cette lecture alchimique s’appuie sur des correspondances symboliques précises. Dans l’iconographie hermétique, les animaux fantastiques du bestiaire médiéval — dragon, basilic, griffon, phénix — correspondent aux différentes phases du Grand Œuvre : la nigredo (putréfaction, représentée par des figures sombres et souterraines), l’albedo (purification, figures blanches ou ailées), la rubedo (accomplissement, figures dorées ou solaires). Une gargouille qui crache l’eau expulse le chaos pour protéger le sacré — c’est exactement le processus alchimique de séparation du pur et de l’impur.
Que cette lecture ésotérique soit ou non dans l’intention des bâtisseurs médiévaux est une question à laquelle les historiens répondent avec beaucoup de prudence. Ce qui est certain, c’est que les constructeurs gothiques avaient une vision symbolique totale de leurs édifices : chaque élément, y compris le plus fonctionnel, s’inscrivait dans un réseau de significations religieuses et cosmologiques. La gargouille qui expulse l’eau est aussi la bête qui expulse le mal — et cette double lecture n’est pas une projection ésotérique moderne, c’est une dimension explicite de la théologie médiévale de l’architecture sacrée. Pour une exploration détaillée de la dimension alchimique de Notre-Dame, Arcanum a publié un article sur le Paris alchimique et ésotérique de Notre-Dame.

Au XIIe siècle, l’un des débats intellectuels les plus vifs de l’Occident chrétien porte sur la présence de créatures monstrueuses dans les lieux sacrés. Saint Bernard de Clairvaux, dans son Apologia ad Guillelmum (1125), fulmine contre les « monstrueuses difformités » qui ornent les cloîtres et les chapiteaux : "Quid ibi facit illa ridicula monstruositas ?" — « Que fait là cette monstruosité ridicule ? ». Pour Bernard, ces figures sont une distraction, un luxe obscène qui détourne les moines de la contemplation et de la prière. L’abbé cistercien prône la pauvreté absolue de l’espace sacré : pas de figures, pas d’ornements, juste la pierre nue et la lumière.
Face à Bernard, l’abbé Suger de Saint-Denis — qui construit entre 1130 et 1144 la première église véritablement gothique, la basilique de Saint-Denis — défend une conception diamétralement opposée. Pour Suger, la beauté matérielle et le symbolisme figuratif ne détournent pas de Dieu : ils élèvent vers Dieu. La lumière colorée des vitraux, les colonnes élancées, les chapiteaux sculptés sont des médiateurs entre le monde sensible et le monde divin : ils permettent à l’esprit de s’élever per materialia ad immaterialia — du matériel à l’immatériel. Dans cette théologie de la beauté, les monstres ont leur place : ils représentent les forces du chaos que l’édifice sacré ordonne et surmonte.
C’est la vision de Suger qui triomphe dans la cathédrale gothique. Les monstres y sont tolérés, voire encouragés, parce qu’ils remplissent une fonction apotropaïque : leur présence repousse les mauvais esprits. Dans la cosmologie médiévale, les démons et les esprits malins craignent leurs semblables ; une gargouille monstrueuse gardant l’entrée d’une cathédrale protège l’espace sacré comme un chien de garde protège une maison. Cette fonction de protecteur est primordiale : elle explique pourquoi les gargouilles sont disposées aux quatre points cardinaux des toitures, aux angles des tours, aux jonctions entre nef et transept — tous les points vulnérables de l’édifice.

Notre-Dame concentre toute la célébrité, mais d’autres églises parisiennes abritent des gargouilles et des grotesques médiévaux d’une qualité remarquable. L’église Saint-Séverin, dans le 5e arrondissement — à quelques mètres de la cathédrale, sur la rive gauche — est l’une des plus belles réussites du gothique flamboyant parisien. Ses gargouilles, positionnées sur les arcs-boutants et les corniches, sont d’une expressivité rare : dragons aux ailes déployées, personnages grimaçants, bêtes hybrides. Leurs formes semblent agitées par un mouvement intérieur — c’est la caractéristique du style flamboyant, ce gothique tardif du XVe siècle où les lignes ondulent comme des flammes.
L’église Saint-Merri, dans le 4e arrondissement — à deux pas du Centre Pompidou — est une autre étape incontournable pour qui s’intéresse au bestiaire gothique parisien. Construite entre 1520 et 1612, elle représente la transition entre gothique tardif et Renaissance, et ses gargouilles mêlent les deux vocabulaires : bêtes médiévales aux yeux exorbités et visages Renaissance aux expressions humanistes. C’est dans cette église qu’est inhumé Jean-Baptiste Morin de Villefranche, l’astrologue de Richelieu — une coïncidence qui souligne le lien entre le symbolisme des monstres de pierre et la tradition hermétique parisienne.
Pour les curieux qui souhaitent faire un parcours des gargouilles médiévales de Paris hors des circuits touristiques habituels, l’itinéraire est riche : Saint-Séverin et Saint-Julien-le-Pauvre sur la rive gauche, Saint-Merri et Saint-Gervais dans le Marais, la Sainte-Chapelle et Notre-Dame sur l’île de la Cité. Chaque édifice a sa propre grammaire de monstres, son propre bestiaire. Le Paris médiéval n’est pas mort : il regarde les passants depuis soixante-neuf mètres de hauteur, et parfois depuis les façades de rues passantes que les Parisiens ont depuis longtemps cessé de regarder.

Avant que Viollet-le-Duc ne restaure Notre-Dame, un autre homme l’avait déjà sauvée : Victor Hugo. En 1831, il publie Notre-Dame de Paris — roman dont le titre original devait être « Quasimodo » ou « l’Archidiacre » — et ce livre transforme radicalement la perception publique de la cathédrale. Hugo n’écrit pas un roman historique : il écrit un plaidoyer pour l’architecture médiévale, menacée par les transformations haussmanniennes et la négligence révolutionnaire. « Le livre tuera l’édifice » est l’une des thèses centrales du roman : Hugo craint que l’imprimerie et la modernité ne rendent les cathédrales obsolètes. Son roman est une tentative désespérée de préserver leur mémoire.
Ce qui frappe dans Notre-Dame de Paris, c’est la manière dont Hugo réhabilite le monstre. Quasimodo, le sonneur de cloches bossu et sourd, rejeté par tous et incompris de tous, est le monstre le plus humain du roman. Sa laideur extérieure est inversement proportionnelle à sa beauté intérieure : il aime Esmeralda d’un amour pur et désintéressé, il protège Notre-Dame comme ses propres gargouilles la protègent, il meurt enlacé à la femme qu’il aimait. Hugo accomplit avec Quasimodo ce que les théologiens médiévaux accomplissaient avec les gargouilles : faire du monstre un gardien, transformer la laideur en protection.
L’impact de ce roman sur la restauration de Notre-Dame est direct et documenté. Le succès phénoménal du livre (300 000 exemplaires vendus en quelques mois) crée un mouvement d’opinion favorable à la préservation de la cathédrale. La Chambre des Députés vote en 1844 les crédits pour la restauration. Viollet-le-Duc est nommé. C’est littéralement Victor Hugo qui, en inventant Quasimodo, a permis la création des chimères — y compris le Stryge, cette créature mélancolique qui semble regarder Paris avec l’expression du bossu de la fiction, perché sur sa cathédrale adorée.

Le 15 avril 2019, le monde entier regarde, sidéré, la flèche de Notre-Dame s’effondrer dans un brasier de charpentes médiévales. L’incendie est dévastateur : la toiture et la flèche de Viollet-le-Duc sont détruites, la voûte est partiellement effondrée, les grandes orgues et de nombreuses œuvres d’art sont endommagées. Mais les tours, les contreforts, les gargouilles et les chimères sont, pour l’essentiel, épargnés. Le feu a consumé le cœur de la cathédrale, mais ses sentinelles de pierre ont survécu — comme si elles avaient tenu leur promesse de protection.
La restauration de Notre-Dame, lancée immédiatement après l’incendie et financée par plus d’un milliard d’euros de donations mondiales, a rouvert un débat fondamental sur l’identité de l’édifice : faut-il le restaurer à l’identique (c’est-à-dire : fidèle à Viollet-le-Duc) ou profiter de l’occasion pour lui donner une dimension contemporaine ? Plusieurs propositions futuristes ont été soumises, dont certaines très controversées. Le président Macron a finalement tranché : la cathédrale sera restaurée à l’identique. La flèche reconstruite est celle de Viollet-le-Duc — et les chimères sont de retour sur leur balustrade.
Notre-Dame a rouvert ses portes en décembre 2024, après cinq ans de travaux exceptionnels. Les chimères de Viollet-le-Duc — le Stryge en tête — sont de nouveau en place, regardant Paris avec leur mélancolie de pierre. Elles ont survécu aux guerres, aux révolutions, à l’incendie. Elles ont vu Haussmann démolir la moitié de la ville médiévale, elles ont vu deux guerres mondiales, elles ont vu les transformations de Paris depuis 1857. Il y a quelque chose d’intimidant, dans ce regard de pierre posé sur l’une des villes les plus photographiées du monde. Pour les découvrir en compagnie d’un guide qui connaît leur histoire et leur symbolisme, Arcanum propose des visites sur les mystères alchimiques et ésotériques de Notre-Dame. Car ces créatures, qu’elles soient médiévales ou romantiques, ont toutes la même vocation : elles gardent quelque chose que les mots ne suffisent pas à dire.
Les gargouilles sont des gouttières en forme d’animaux ou de monstres intégrées dans l’architecture médiévale pour évacuer l’eau de pluie loin des murs. Elles sont fonctionnelles et souvent médiévales. Les chimères, en revanche, sont purement décoratives : celles de Notre-Dame ont été créées au XIXe siècle par l’architecte Viollet-le-Duc lors de la restauration de 1843-1864. Elles n’évacuent pas l’eau et n’ont pas de précédent dans l’iconographie médiévale authentique de la cathédrale.
Les chimères de Notre-Dame ont été créées par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc et son collaborateur le sculpteur Victor Pyanet lors de la grande restauration de la cathédrale entre 1843 et 1864. Elles n’ont aucun précédent médiéval authentique : elles sont le fruit de l’imagination romantique du XIXe siècle, nourrie des bestiaires médiévaux et de l’esthétique gothique réinventée de l’époque.
Le Stryge est la chimère la plus célèbre de Notre-Dame : une figure mi-homme, mi-chauve-souris, accoudée sur la balustrade de la galerie nord, qui contemple Paris avec une expression mélancolique. Sculptée vers 1853 par Victor Pyanet, collaborateur de Viollet-le-Duc, elle a été immortalisée par le photographe Nadar. Son nom vient d’un oiseau maléfique de la mythologie antique. Elle est devenue le symbole du Paris mystérieux.
Oui. Au-delà de leur fonction hydraulique, les gargouilles médiévales jouent un rôle apotropaïque : elles repoussent les mauvais esprits et protègent l’espace sacré. Dans la théologie médiévale, le monstre posté aux angles et aux entrées d’une cathédrale est un gardien symbolique qui fait barrage aux forces du mal. La tradition hermétique y voit aussi des clés alchimiques : les différents types de créatures (dragon, basilic, griffon) correspondraient aux phases du Grand Œuvre.
Pour l’essentiel, oui. L’incendie du 15 avril 2019, qui a détruit la toiture et la flèche de Viollet-le-Duc, a épargné les tours, les contreforts et les créatures de pierre qui les ornent. Les chimères de la galerie nord — dont le célèbre Stryge — sont intactes. Après la restauration achevée en 2024, elles sont de nouveau en place, regardant Paris depuis la même balustrade depuis 1857.
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Pour aller plus loin :
Le Mystère des cathédrales
Fulcanelli — Éditions Jean-Jacques Pauvert
L’œuvre ésotérique de référence sur la symbolique des cathédrales gothiques françaises, par le mystérieux Fulcanelli. Une lecture alchimique des portails, chapiteaux et gargouilles de Notre-Dame de Paris, de Bourges et de Chartres — indispensable pour comprendre la dimension hermétique du bestiaire gothique.
Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle
Eugène Viollet-le-Duc — Éditions B. Bance
La somme théorique de l’architecte qui a restauré Notre-Dame et inventé ses chimères. Un monument de l’histoire de l’architecture française, irremplaçable pour comprendre la vision que Viollet-le-Duc avait de l’architecture médiévale et les principes qui ont guidé sa restauration de la cathédrale.
Notre-Dame de Paris
Victor Hugo — Éditions Folio Classique (Gallimard)
Le roman qui a sauvé Notre-Dame de Paris en créant le mouvement d’opinion favorable à sa restauration. Quasimodo, Esmeralda, Frollo : les personnages immortels de Hugo habitent encore la cathédrale. Et dans les pages du livre, les gargouilles et les chimères de la tour vivent de leur vie de pierre.
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