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DU PARIS INSOLITE & SECRET
LE MAG’ DU PARIS SECRET
Les plus belles histoires insolites de Paris
Au milieu du XIXe siècle, Paris devient l'épicentre mondial d'un phénomène fascinant : le spiritisme. Des salons du faubourg Saint-Germain aux mansardes de Montmartre, les tables tournantes font fureur. Ces guéridons de bois, autour desquels on se réunit les mains posées à plat, se mettent soudain à bouger, à tourner, puis à frapper le sol pour épeler des messages venus de l'au-delà. Victor Hugo dialogue avec sa fille défunte, Allan Kardec fonde une nouvelle doctrine, Napoléon III reçoit des médiums aux Tuileries. Entre science et mysticisme, cette fièvre spirite révèle un Paris secret où l'on cherche à percer les mystères de l'invisible. Plongée dans l'histoire insolite de la capitale des esprits.
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SOMMAIRE
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Tout commence en 1848 dans la petite ville d'Hydesville, État de New York. Dans la nuit du 31 mars, deux adolescentes, Margaretta Fox (14 ans) et sa sœur Catherine, dite Kate (11 ans), entendent d'étranges coups frappés dans les murs et le plancher de leur modeste ferme. Elles décident de communiquer avec cette présence invisible. Le principe est simple mais troublant : elles posent des questions à haute voix, et l'esprit répond en frappant. Un coup pour "oui", deux pour "non", ou encore une série de coups correspondant aux lettres de l'alphabet pour épeler des messages entiers. Rapidement, les voisins accourent, fascinés. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Ce phénomène de communication avec les morts traverse l'Atlantique et déferle sur l'Europe.
En 1853, la vague des tables tournantes atteint Paris. Dans les appartements bourgeois comme dans les logis modestes, on se rassemble autour d'un guéridon. Les mains posées sur la table, dans l'obscurité, on attend que l'invisible se manifeste.

Les tables craquent, oscillent, puis frappent le parquet pour épeler des messages. Ce qui pourrait n'être qu'un divertissement mondain devient un phénomène de société. Paris, capitale de la raison, se transforme en épicentre du spiritisme. La société du Second Empire, prise entre les découvertes scientifiques (magnétisme, électricité) et l'angoisse métaphysique, est en quête de sens. La frontière entre le monde matériel et les forces invisibles semble plus poreuse que jamais.
Un homme va structurer ce phénomène : Hippolyte Léon Denizard Rivail. Son parcours avant le spiritisme est à lui seul une curiosité. Né à Lyon en 1804 dans une famille d’avocats, il est envoyé dès l’âge de dix ans en Suisse, à l’institut du pédagogue Pestalozzi, où il apprend l’allemand, l’anglais et le néerlandais. À seize ans, il s’installe à Paris. Rien ne le prédestine alors au surnaturel.

Il devient un pédagogue reconnu, publie des manuels scolaires, donne des cours gratuits de chimie, de physique et d’astronomie. Mais les revers financiers le précipitent dans des activités plus inattendues.
On le retrouve régisseur de spectacles d’illusion au carré Marigny, puis administrateur du théâtre des Funambules, où le public l’appelle familièrement « Le Père Rivail ». Plus étonnant encore : entre 1853 et 1854, il gère un grand magasin d’articles de contremarques, le « Bazar des Bons Marchés ».

C’est dans ce contexte de déroutes professionnelles successives qu’un ami le convainc, en mai 1855, d’assister à une séance de tables tournantes chez un magnétiseur nommé Fortier. Rivail y va en sceptique. Il en repart transformé. Loin d’y voir de la superstition, il applique une méthode quasi scientifique : il compile et classe des milliers de communications obtenues par divers médiums parisiens, posant les mêmes questions à différents médiums pour vérifier la cohérence des réponses.
De ce travail naît en 1857 Le Livre des Esprits, bible du mouvement spirite. Pour le signer, Rivail adopte un pseudonyme que les esprits eux-mêmes lui auraient révélé lors d’une séance : Allan Kardec, son nom dans une vie antérieure, lorsqu’il aurait été druide dans la Gaule antique...
Il y codifie une doctrine complexe : préexistence de l'âme, réincarnation comme progression morale, communication avec les esprits pour obtenir des enseignements. Et le succès est foudroyant ! Trois en plus tard, il fonde la Société Parisienne des Études Spirites au 8 rue des Martyrs et lance La Revue Spirite. La communauté d'adeptes grandit a une vitesse phénoménale, au point qu'à sa mort en 1869, près d'un million de fans suivent sa doctrine en Europe.

L'adepte le plus illustre du spiritisme est Victor Hugo. Exilé à Jersey depuis 1852, il vit à Marine Terrace, une maison isolée face à la mer, près d'un dolmen et d'un cimetière. L'atmosphère est propice au mystère.
En septembre 1853, son amie Delphine de Girardin (photo ci-dessous), poétesse et égérie romantique, l'initie aux tables tournantes. La séance du 11 septembre 1853 bouleverse sa vie : la table annonce être l'esprit de Léopoldine, sa fille noyée dix ans plus tôt. Pendant deux ans, presque quotidiennement, la famille Hugo se livre à ces séances. Les procès-verbaux, consignés dans Le Livre des Tables, révèlent des dialogues hallucinants avec Shakespeare, Molière, Dante, Napoléon, Jésus-Christ.

Hugo dialogue aussi avec des entités étranges : le Lion d'Androclès, la Colombe de l'Arche, ou des abstractions comme l'Idée, le Drame, la Mort. Le plus troublant ? Hugo assure le secrétariat sans toucher la table. Les vers et la prose qui jaillissent sont d'un style indubitablement hugolien, comme si son génie créatif s'exprimait libéré de sa conscience. La maisonnée de Marine Terrace intègre le spiritisme comme une véritable religion.
Cette ferveur n'est pas l'apanage des poètes en exil. Le Tout-Paris s'enflamme. L'empereur Napoléon III lui-même fait venir aux Tuileries le médium écossais Daniel Dunglas Home, capable de lévitations spectaculaires. Des écrivains comme Théophile Gautier ou le dramaturge Victorien Sardou deviennent des figures centrales. Ils participent aux expériences de Kardec et se découvrent même des talents de médium.

Sous l'influence des esprits, Sardou réalise des dessins ésotériques stupéfiants et Théophile Gautier rédige ses célèbres "Contes Fantastiques". Ces œuvres étranges circulent dans les cercles initiés et fascinent le Paris artistique.
Même les sceptiques, comme les frères Goncourt, notent dans leur Journal l'ampleur de cette « folie spirite ». L'astronome Camille Flammarion, autre célèbre adepte du spiritisme, y voit un nouveau champ d'étude scientifique sur la survie de l'âme.

Face à cette vague, le monde scientifique se divise. Dès 1853, le physicien Michael Faraday démontre que les mouvements des tables sont dus à l'action musculaire inconsciente des participants : l'effet idéomoteur.
En 1854, le chimiste Michel-Eugène Chevreul présente un rapport à l'Académie des Sciences de Paris confirmant cette explication. Il parle de « pensées à l'insu » qui provoquent des micro-mouvements involontaires. Pour beaucoup de savants et médecins aliénistes, le spiritisme n'est qu'une hystérie collective. Pourtant, certains phénomènes résistent à l'explication rationnelle.
La médium italienne Eusapia Palladino (photo ci-dessous) se produit devant des comités scientifiques dans des conditions rigoureuses. Objets déplacés, ectoplasmes, lévitations… Les manifestations continuent malgré les contrôles.

Cette controverse alimente un débat durable entre science positiviste et chercheurs comme Flammarion, convaincus que l'univers recèle des forces inconnues méritant une étude approfondie.
L'héritage du spiritisme est encore palpable à Paris. Au Père-Lachaise, dans la 44e division, la tombe d'Allan Kardec est la plus fleurie du cimetière. Elle fait l'objet d'un rituel curieux : toucher la nuque du buste pour voir son vœu exaucé.

Au-delà du folklore, l'influence du spiritisme sur l'art est profonde. L'automatisme de Sardou inspirera les surréalistes. Des cercles spirites discrets perpétuent la doctrine de Kardec dans la capitale.
Comme le souligne l'historien Guillaume Cuchet, nous vivons une époque « para-spirite ». La croyance en la réincarnation et la communication avec les esprits a supplanté la foi en la résurrection pour beaucoup.
L'héritage de Kardec, Hugo et des chercheurs de l'invisible ne s'est jamais éteint. Il s'est transformé, diffusé dans la culture populaire. Paris reste une ville où l'on dialogue avec les mystères de l'au-delà...
Tombe d'Allan Kardec au Cimetière du Père-Lachaise
Division 44, angle de l'avenue des Combattants Étrangers Morts pour la France et du chemin des Quinconces
Métro : Père Lachaise (ligne 2, 3) ou Gambetta (ligne 3, 3bis)
Site web : https://pere-lachaise.com
À voir : Le dolmen de granit, le buste en bronze de Paul-Gabriel Capellaro, la devise spirite gravée sur le fronton.
Ancien siège de la Société Parisienne des Études Spirites
Adresse : 8 rue des Martyrs, 75009 Paris
Métro : Notre-Dame-de-Lorette (ligne 12) ou Pigalle (ligne 2, 12)
Histoire : C'est dans cet immeuble qu'Allan Kardec établit en 1858 le premier siège de la Société Parisienne des Études Spirites. Lieu historique où se tinrent les premières réunions méthodiques et où furent compilées les communications des esprits. L'immeuble existe toujours mais n'est pas ouvert au public (résidence privée).
Librairie ésotérique Arc-en-Ciel
Adresse : 3 rue Jean-Macé, 75011 Paris
Site web : https://www.librairie-esoterique-paris.fr
Métro : Charonne (ligne 9)
Spécialités : Ouvrages sur le spiritisme, l'ésotérisme, la médiumnité. Collection complète des œuvres d'Allan Kardec et livres rares sur l'histoire du spiritisme parisien.
Librairie Média 3000
Adresse : Rue Vavin, 75006 Paris
Site web : https://esoterism3000.com
Métro : Vavin (ligne 4)
Horaires : Mardi et mercredi de 15h à 19h
Spécialités : Librairie ésotérique spécialisée dans les textes fondateurs du spiritisme, tarot, occultisme.
1. Le spiritisme - Grand livre illustré
Auteur : Allan Kardec (illustré par Yoann Laurent-Rouault)
Éditeur : Memoria Books
Un ouvrage exceptionnel réunissant les trois œuvres essentielles d'Allan Kardec : Qu'est-ce que le spiritisme ?, Le Livre des Esprits et Le Livre des Médiums. Enrichi de nombreuses illustrations, c'est le livre de référence du spiritisme en langue française, accessible au grand public.
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2. Les tables tournantes de Jersey : Procès-verbaux des séances de spiritisme chez Victor Hugo
Auteurs : Victor Hugo, Gustave Simon
Éditeur : Books on Demand
Document historique fascinant présentant les procès-verbaux authentiques des séances spirites de Victor Hugo à Jersey entre 1853 et 1855. Une plongée dans les croyances et pratiques ésotériques du grand écrivain, avec ses dialogues avec Shakespeare, Molière, Dante et l'esprit de sa fille Léopoldine.
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3. Les Forces naturelles inconnues
Auteur : Camille Flammarion
Éditeur : Hachette Livre BNF (réédition)
Ouvrage de référence de l'astronome Camille Flammarion, figure centrale du mouvement spirite en France. Il analyse avec rigueur scientifique les phénomènes spirites et les expériences menées avec des médiums. Un pont fascinant entre science et spiritisme au tournant du XXe siècle.
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