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La gloriette de Buffon

La gloriette de Buffon

Moins connu que ses acolytes Diderot ou Montesquieu, Georges-Louis Leclerc alias Comte de Buffon, est pourtant un illustre, biologiste, mathématicien et philosophe qui rédigea tout au long de sa vie "L'Histoire Naturelle", une fabuleuse encyclopédie comprenant tout le savoir de son époque sur les sciences naturelles, de l'homme aux animaux. Il entre d'ailleurs en 1753 à l’Académie française et devient un membre important la franc-maçonnerie naissante. Cet observateur de la nature participe grandement à l'esprit des Lumières et ses théories sur la nature ont influencé de nombreux naturalistes, à commencer par le célèbre Charles Darwin, à l'origine de la théorie de l'évolution des espèces.

Buffon est originaire de Montbard en Bourgogne, où il se retire huit mois par an pour travailler et faire des expériences sidérurgiques dans l'imposante Forge de sa propriété. Grand protégé de la toute-puissante marquise de Pompadour, il obtient assez vite une renommée internationale, ce qui attire les dons qui lui permettent de faire grandir ses collections de plantes et d'animaux.

 

Sur la photo, le petit kiosque conçu par Buffon en 1787 est l'une des plus anciennes structures entièrement métalliques au monde et la plus ancienne de Paris. Cette "Gloriette" (nom issu des pavillons où les guerriers antiques étaient glorifiés), se trouve au sommet du labyrinthe végétal du Jardin des Plantes de Paris.

 

Tandis qu'il est nommé intendant du Jardin du Roi à seulement 32 ans, Buffon aime se retrouver sur les hauteurs de la butte du parc, qui n'a pourtant rien de naturel puisqu'elle fut constituée au XIVe siècle par l’accumulation de détritus provenant des faubourgs de la capitale. C'est en tout cas ici que le grand homme réfléchit à l'aménagement des galeries des bâtiments du Jardin, qui formeront bientôt la base du Muséum national d’histoire naturelle de Paris.

 

Pour la création de sa Gloriette, il prend un soin particulier à définir une architecture métallique fine et élancée qui permet au pavillon de se fondre parfaitement dans la continuité du paysage. D'une conception très avant-gardiste pour l’époque, l'oeuvre de fonte s'élève à 9m de haut et se pare de superbes décorations composées de bronze, de cuivre et d'or, qui dissimulent subtilement les rivets fixant l'armature. Le long des colonnes, Buffon fait aussi graver des phrases intrigantes et poétiques qui seront malheureusement effacées au fil du temps (ex: "Baignons notre coeur dans la voûte étoilée").

 

En haut de l'édifice, le toit s'affale avec légèreté, tel un drap de tente. Il se compose d'un délicat grillage que Buffon a conçu au compas afin de respecter l'harmonie et les règles de la géométrie céleste. D'ailleurs, le chapiteau est surmonté d’une magnifique sphère armillaire (voir lien dans les infos en-dessous), modélisant le mouvement des étoiles et du soleil autour de notre planète, puisqu'à l'époque les astrologues pensaient que l'univers tournait autour de la Terre !

 

L'attribut le plus insolite de la Gloriette, malheureusement disparu aujourd'hui, était un splendide gong de laiton suspendu au plafond, qu'un employé du jardin venait faire sonner tous les jours à midi. Pour ressentir les vibrations de la nature et vous plonger dans l'esprit rêveur de Buffon, vous pouvez finir cette découverte en lisant la devise épicurienne qu'il fit inscrire en lettres dorées sur le pourtour de la rotonde. "Horas non numero nisi serenas" : Je ne compte que les heures qui sont sereines...

Insolite

La première passerelle

La première passerelle

Lorsque Napoléon 1er lance ses grands travaux d'aménagement de la capitale vers 1802, il demande à ses architectes de reprendre l'ancien projet de cours d’eau artificiel qui relierait le canal de l'Ourcq à la Seine. Mais le contexte politico-économique difficile retarde sans cesse le chantier et les travaux ne sont achevés que 25 ans plus tard. Afin de construire le chenal de 3,5m de profondeur, qui se déroule sur un dénivelé de plus de 25 mètres, les ingénieurs doivent installer neuf imposantes écluses et ne créent que deux ponts fixes.

Il faut attendre 1860 avant que la magnifique "Passerelle des Douanes" soit élevée dans le prolongement de la rue Léon Jouhaux, où se trouvaient autrefois les grands entrepôts des Douanes. C'est là, derrière des murs bien gardés, qu'étaient conservés tous les produits confisqués dont des armes de guerre et d'inestimables œuvres d'art. Mais on pouvait aussi y trouver des biens plus insolites : chevaux de course, luxueuses voitures à vapeur et même des animaux empaillés remplis d'opium !

Conçu en trois arcs de fonte moulée, le petit pont fait en tout cas immédiatement le bonheur des Parisiens qui viennent y flâner pour trouver de la fraîcheur. Son succès et tel que quatre autres arches piétonnes sont bientôt construites entre les deux rives, dont la Passerelle de la Grange-aux-Belles, rendue célèbre par le film "Hôtel du Nord" et la mythique réplique d’Arletty : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? ». 

En tout cas, la Passerelle des Douanes offre l'un des points de vue les plus beaux sur le canal Saint-Martin. Sur la photo, on peut notamment apercevoir l'entrée du tunnel dans lequel les eaux s'engouffrent pour ressortir un peu plus au sud, au niveau du Pavillon de l'Arsenal. Le canal n'est recouvert sur cette portion qu'en 1862, car à cette époque, Napoléon III craint encore les rebellions des quartiers populaires de la Bastille. Il demande donc à son architecte en chef, l’illustre Baron Haussmann, d'installer une longue chape de pierre au-dessus du bras d'eau, afin de faciliter le déplacement des troupes armées en charge du maintien de l'ordre !

Insolite

Le gardien des nuits gourmandes

Le gardien des nuits gourmandes

Quand minuit sonne à Paris et que la plupart des lumières s'éteignent, une étrange enseigne dorée en forme de cochon continue de briller dans la nuit. Elle se balance doucement au-dessus d'une façade où les heures n'ont jamais d'importance. Bienvenue au Pied de Cochon, ce restaurant ouvert en 1947 qui ne ferme ses portes que 3h dans la nuit. Situé au 6 rue Coquillière, à deux pas du forum des Halles, l’établissement culinaire garde jalousement le secret d'un Paris disparu. Car avant d'être un restaurant, cet emplacement a connu bien des vies : d'abord partie du sinistre cimetière des Innocents au Moyen Âge, transformé ensuite en boucherie près de l'ancienne "Halle aux cochons", ce lieu est imprégné d'une histoire insolite. Mais le véritable mystère se cache sous vos pieds. Dans les entrailles du restaurant, si l'on vous autorise à descendre dans la cave voûtée, vous pourrez apercevoir un authentique puits médiéval, vestige d'une époque où Paris se construisait couche après couche.

Le Pied de Cochon n'est pas seulement un restaurant – c'est un rescapé. En 1971, quand les bulldozers ont rasé les mythiques pavillons Baltard des Halles, tout le quartier fut bouleversé. Le "ventre de Paris" décrit par Zola était éventré. Mais par un étrange miracle, le Pied de Cochon est resté debout, comme s'il refusait de laisser disparaître l'âme des lieux.C'est dans ses murs que se perpétue depuis des décennies un rituel nocturne unique : la dégustation de la soupe à l'oignon gratinée aux premières lueurs de l'aube. Cette tradition remonte au temps où les "forts des Halles", ces travailleurs herculéens qui déchargeaient les marchandises toute la nuit, venaient s'y réchauffer après leur labeur. La légende raconte qu'à 5 heures précises, on leur servait le "petit blanc" réparateur – un verre de vin blanc sec pour accompagner la soupe brûlante. L'escalier en colimaçon qui mène à l'étage a été le témoin silencieux de milliers de noctambules célèbres. Julia Child, la papesse de la cuisine française aux États-Unis, aurait déclaré que c'était ici qu'on trouvait "la meilleure soupe à l'oignon de Paris".

Le restaurant séduit autant par sa cuisine que par son décor Belle Époque préservé dans ses moindres détails. En franchissant le seuil, on est immédiatement transporté dans le Paris d'antan : vitraux colorés filtrant la lumière, lustres majestueux en verre de Murano illuminant l'espace, boiseries patinées par le temps. Chaque recoin révèle un clin d'œil à l'animal emblématique des lieux : poignées de portes dorées en forme de pied de cochon, moulures ornées de motifs porcins, et gravures anciennes évoquant les scènes des Halles d'autrefois. L'établissement a su conserver intact ce patrimoine décoratif qui fait aujourd'hui sa réputation, des banquettes rouges caractéristiques jusqu'aux miroirs ternis qui semblent avoir tout vu.

La spécialité emblématique de la maison, le pied de cochon pané farci aux truffes, mérite qu'on s'y attarde. Ce n'est pas un simple plat – c'est une relique culinaire. Sa recette, jalousement gardée et inchangée depuis les années 1940, est le fruit d'un savoir-faire transmis de génération en génération. D'abord cuit longuement à petit feu, puis désossé avec précision, le pied est ensuite farci d'une préparation aux truffes avant d'être pané et doré au four. Pendant les périodes difficiles d'après-guerre, quand la viande se faisait rare, cette partie dédaignée du cochon est devenue le trésor des assiettes parisiennes.

Dans les années les plus sombres, le Pied de Cochon s'est imposé comme "l'ambassade de la nuit", l'un des rares havres où l'on pouvait se restaurer à toute heure. La grande horloge qui trône dans la salle principale a vu défiler des générations de Parisiens et d'étrangers fascinés – du travailleur matinal au fêtard impénitent, du chauffeur de taxi au personnalités venues en « incognito », à l’instar de Charles Aznavour ou de Jean-Paul Belmondo.

Aujourd'hui encore, alors que Paris dort, les lumières du Pied de Cochon continuent de briller comme un phare dans la nuit. Derrière ses vitraux d'époque et son sublime décor préservé, ce n'est pas seulement un restaurant qui persiste – c'est un pan entier de l'histoire de Paris qui refuse de s'éteindre !


Lieux et rues

Le roi de la bière

Le roi de la bière

À la fin du XIXᵉ, la communauté alsacienne de la capitale vit plutôt autour de la Gare l'Est. L'un de ses membres, le restaurateur Jacqueminot Graff, décide en 1894 de se faire construire un établissement de cuisine alsacienne à Paris. Il choisit de racheter un petit immeuble juste en face de la Gare Saint-Lazare, où la concurrence sert surtout une cuisine de la mer et des spécialités normandes. Afin de faire parler de son restaurant, Graff sort le grand jeu. Il demande à ce que la brasserie soit richement décorée dans le style de sa région, afin de marquer un contraste saisissant par rapport aux larges immeubles haussmanniens du quartier.

Pour créer l'ambiance alsacienne, la façade de briques est ainsi recouverte avec des pans de bois pour donner l'impression que l'immeuble est mansardé. Dans les coins du premier étage, on cache deux petits personnages malicieux qui semblent observer les allées et venues des clients. À droite un brasseur tient dans sa main des branches d'orge et de houblon, tandis qu'une dame en costume d'époque lui fait face sur le côté gauche. Celle-ci rend certainement hommage aux nombreuses serveuses qui circulaient entre les étages du bâtiment pour servir les buveurs de bière, tenant plusieurs  lourdes pintes à bout de bras !

Au sommet de l'immeuble, une  élégante cigogne - oiseau emblématique de l'Alsace-, trône dans son nid. Elle surveille fièrement le blason blanc à bande rouge surmonté d'un casque ailé, qui représente les armoiries de Strasbourg. Mais c'est au centre de la façade que l'on trouve l'oeuvre la plus insolite. Deux G dorés introduisent Gambrinus, mythique personnage belge, incarnant la bonne humeur et la joie de vivre. La légende veut que le diable lui donna un jour des graines pour planter du houblon afin de fabriquer un breuvage amère qui rendrait les gens malades. Toutefois, Gambrinus fit tout le contraire et réussit à créer de la bière très douce qui enchanta les habitants de ses contrées. La réputation du breuvage atteint même le Roi des Flandres, qui décida de gratifier le jeune brasseur en le nommant Seigneur. Mais celui-ci, peu intéressé par les ordres de noblesse, préféra le titre de "Roi de la bière".

Gambrinus est ainsi représenté tenant une bière à la main, comme s'il voulait souhaiter la bienvenue aux voyageurs sortant de la gare. S'il vous vient l'idée rentrer dans l'immeuble pour trinquer à sa santé, il faudra vous contenter d'une bière classique, puisque depuis 1998, l'immeuble est occupé par une célèbre enseigne de fast food qui ne sert ni plats alsaciens, ni gervoise savoureuse...

Insolite

Le pacte de Nimègue

Le pacte de Nimègue

Sous le règne du Roi Soleil, les membres de la cour de Versailles sont coutumiers des flatteries au souverain pour tenter d'obtenir en retour quelques privilèges supplémentaires. Parmi eux, le maréchal de La Feuillade se fait remarquer pour sa bravoure dans les corps d'armée. En 1685, il utilise même son terrain situé à côté du Palais Royal pour faire construire la Place des Victoires, en l'honneur de la signature du traité de Nimègue, qui mit fin à la guerre de Hollande en 1678 et consacra la victoire de Louis XIV sur ses ennemis.

L'architecte Jules Hardouin-Mansart est ainsi missionné pour aménager l'espace et le sculpteur Desjardins pour créer l'imposante sculpture centrale. Éclairée nuit et jour par d'imposants chandeliers, la première version de l'œuvre fait plus de 12 mètres de haut et représente Louis XIV debout, en costume de sacre. Obtenant de fait, toute l'estime du roi de France, le Maréchal de la Feuillade jouit de sa réussite. Il vise encore plus haut en tentant de rendre navigable le nord de la Loire, mais fait une énorme boulette qui provoque l'inondation de toute la vallée de Roanne (dans l'ouest de la région Lyonnaise), et brise définitivement toute sa bonne réputation !

Plus d'un siècle plus tard, la révolution frémit et les figures monarchiques ne sont plus en vogue dans la capitale. Les contestataires abattent la statue pour la fondre en canons et font installer à la place une pyramide de bois portant les noms de leur camarades tués au combat. 

En 1793, Napoléon Bonaparte devient général des armées et fait à son tour détruire la pyramide pour offrir du bois de chauffe à ses soldats. À la place, le futur empereur fait installer une statue de son jeune bras droit mort au combat, Louis Desaix, qui l'avait protégé durant la célèbre campagne d'Égypte où Napoléon était parti percer le secret des Pharaons. Mais l'œuvre présente Desaix très dénudé et face au scandale que cela provoque, la statue est rapidement recouverte avec une palissade de bois et finalement retirée en 1814.

Il faut attendre la restauration de la monarchie pour que Louis XVIII fasse installer au centre de la place une autre statue, rendant à nouveau hommage à Louis XIV. Sculpté par François Joseph Bosio, le Roi Soleil est représenté victorieux sur un cheval cabré, dont le poids est discrètement soutenu par la longue queue qui s'appuie sur le piédestal. Notez qu'habituellement, les statues équestres montrant un cheval avec deux jambes avant levées, honorent un cavalier mort au combat (ce qui n'est pas le cas de Louis XIV), alors que pour celles représentant des destriers avec les quatre jambes au sol, le personnage est mort de causes naturelles !

Louis XIV est en tout cas représenté ici dans tout sa splendeur. En tenue d'empereur romain, pieds nus et sans scelle, le monarque est coiffé d'une couronne de laurier qui symbolise le triomphe et tient dans sa main droite un tube qui pourrait bien contenir le célèbre traité de Nimègue !

Lieux et rues

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